LES 1959 CRITIQUES DE Marc
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Sieranevada (Publié le 16/07/2019)

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Sa critique : S’il y a bien une manière de caricaturer le film d’auteur français à gros traits, c’est en le dépeignant comme un truc qui se déroule dans le cadre d’un repas ou d’une réception entre amis ou membres d’une même famille, où chacun y va de son couplet politique ou philosophique avant qu’un élément ne sème la discorde, et que tout le monde commence à s’engueuler, à s’accuser de toutes les vacheries et à ressortir les vieilles histoires de coucheries longtemps tues dans l’intérêt des ménages, tout ça en grillant cigarette sur cigarette et en s’enfilant de généreuses rasades de vin...sauf qu’en réalité, ce cliché correspond de moins en moins à la réalité. Heureusement, à l’autre bout de l’Europe, d’autres Latins semblent avoir pris le relais, prêts à se repaître de ces très longs plan-séquences qui suivent d’une pièce à l’autre, autour d’un hall central transformé en carrefour de la comédie humaine, les membres d’une famille élargie réunis pour célébrer la mémoire du patriarche décédé : il y a le neveu obsédé par les théories du complot, le frère flippé par ce qu’il considère comme la course éperdue du monde vers les ténèbres, la vieille tante nostalgique de l’ère communiste et l’autre qui en profite pour crever l’abcès avec son queutard de mari, tous échaudés par l’impossibilité de commencer à manger tant que le pope convié pour célébrer le souvenir du défunt n’est pas arrivé. Si le schéma évoque un peu celui de ‘Festen’, nulle révélation fracassante ne viendra faire imploser ces retrouvailles failiales : il s’agit plutôt d’un défilé ininterrompu de ces petits arrangements avec la réalité et de cette petite hypocrisie sociale qui, une fois révélés au grand jour, minent la cohésion familiale...qui, du reste, semble assez solide pour s’en accommoder. Le spectateur, voyeur à son corps défendant, est invité à assister à ce déballage de linge sale et à ces règlements de compte miniatures, pendant près de trois heures...et c’est déjà un petit exploit que de parvenir à maintenir l’intérêt en éveil aussi longtemps, dans un schéma où les protagonistes ne font finalement que parler, se lever et se rasseoir. A son crédit, il faut reconnaître que ‘Sieranevada’ est remarquablement bien monté et bien scénarisé, malgré une inévitable tendance au verbiage, et qu’il aborde des problématiques universelles, comme ces psychoses modernes qui n’ont rien de spécifiquement roumaines, et ces rites sociaux absurde qui, conçus pour rassembler les gens, finissent par les éloigner les uns des autres.

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Le Caire Confidentiel (Publié le 16/07/2019)

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Sa critique : Si le film a été tourné en langue arabe et en Afrique du nord, le réalisateur, Tarik Saleh, est citoyen suédois, né en Suède, et un observateur avisé aura tôt fait de repérer quelques différences avec les productions purement égyptiennes, comme celles de Mohamed Diab. Quoique pensé comme une plongée dans les entrailles du Caire, on n’y découvre par exemple aucune trace de la religion et des Frères musulmans, que les réalisateurs locaux ont systématiquement le souci de ménager. Le film relate, fut-ce en changeant les noms, l’assassinat de la starlette libanaise Suzanne Tamim, pour lequel un membre haut-placé de l’appareil gouvernemental égyptien fut condamné à une lourde peine de prison en 2009...et ça, aucun réalisateur égyptien n’aurait eu la possibilité ou la liberté de le faire, quand bien même cette affaire criminelle remonte à l’ère Moubarrak. Enfin, la structure du film elle-même diffère des habitudes du cinéma égyptien et s’avère beaucoup plus proche des normes européennes ou américaines, ce qui fait de ‘Le Caire confidentiel’ un parfait spécimen de Film Noir, situé dans un contexte atypique : reprenant à son compte, et très correctement, les figures imposées du genre (le flic torturé, la femme fatale, l’assassin silencieux,...), le réalisateur fait également de la ville, et plus précisément de sa facette nocturne et interlope, un personnage à part entière du récit. On découvre avec intérêt la géographie urbaine de cette métropole tentaculaire, ses avenues animées et ses bidonvilles, ses recoins obscurs et ses quartiers huppés : à vrai dire, on ne soupçonnait pas qu’une ville comme Le Caire, à laquelle on associe plus volontiers les concepts de circulation chaotique, de poussière et de chaleur écrasante, puisse être aussi cinégénique et à l’épreuve d’un polar moderne. Bon, pour être tout à fait précis, il ne s’agit pas exactement du Caire mais de Casablanca, les autorités égyptiennes ayant refusé les autorisations de tournage à un film qui fouinait un peu trop dans les secrets inavouables de la société cairote (mais franchement, on n’y voit que du feu !) : ‘Le Caire confidentiel’ dresse effectivement le portrait d’une société inégalitaire et hypocrite, où la richesse permet de s’affranchir de la morale et surtout, d’une société totalement corrompue, des plus hauts sommets de l’Etat jusqu’à ses plus modestes représentants. Le désarroi exprimé par l’inspecteur de police lorsque ses investigations se heurtent à un plafond de verre est donc assez ironique puisque lui-même, à petite échelle, souscrit pleinement à cette corruption “culturelle”, quelques billets lui permettant de contourner la règle lorsqu’il les offre, ou de fermer les yeux sur celle-ci lorsqu’il les reçoit. Mais après tout, les vices humains qui gangrènent les sociétés sont aussi des caractéristiques du Roman Noir, et sa version orientale, moderne et cinématographique aurait pu être écrite par Raymond Chandler ou Dashiell Hammett en visite aux pyramides.

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Le Monde est à Toi (Publié le 15/07/2019)

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Sa critique : Il existe deux manières d’aborder ‘Le monde est à toi’, deuxième projet très attendu de Romain Gavras : La première est de se souvenir qu’il suffit qu’une tendance culturelle atteigne ses limites et entre en décadence dans le monde anglo-saxon pour que l’Europe continentale, et singulièrement la France, se mette à la considérer comme la dernière mode à suivre . Ainsi, alors que l’excitation de la nouveauté que provoquaient les films de dealers de Guy Ritchie renvoie aussi loin que la fin des années 90, c’est en 2018 que Romain Gavras livre le premier “Guy Ritchie-movie” à la française...et tout y est, fidèlement francisé, de la bande son tonitruante à la mode du moment aux ambitions vulgaires et au luxe tapageur de petites frappes aux rêves démesurés: ici, autour de François, médiocre petit dealer, on retrouve Isabelle Adjani toujours aussi à l’aise dans les rôles de frappadingue puisqu’elle incarne sa maman, à la tête d’un gang de kleptomanes de luxe ; Vincent Cassel en vieux taulard tout juste sorti du mitard qui ne comprend plus rien à la façon dont le monde tourne et une galerie de kaïra tous plus enragés et arrangés les uns que les autres, sans oublier Philippe Katerine et François Damiens là où on les attendait, c’est à dire dans des petits rôles aussi hallucinants totalement barrés. Il faut un petit temps d’adaptation pour se couler dans le moule du film, en fait, le temps de cesser de râler contre un ciblage culturel “9.3”, expressions, état d’esprit et accent inclus, exclusif et envahissant, à force de vannage de cours d’immeubles et de dialogues partiellement incompréhensibles : clairement, Gavras exclut une partie du public potentiel et s’en fout complètement. C’est que rien ne tient vraiment debout tout au long du film, à commencer par François, qui ne rêve pas de toucher le jackpot grâce au casse du siècle mais plus prosaïquement d’une vie tranquille à exporter des Mr Freeze vers le Maghreb. Tout le film est comme ça, contradictoire, décousu, bancal, boiteux, truffé de ruptures de ton, une seconde ancré dans le pathos et la mélancolie et la suivante plongé jusqu’au cou dans un bon vieux délire sous acide, avec un François Damiens qui explique l’esprit de bienveillance avec lequel il exploite des clandestins érythréens, des bastons avec des Anglais bourrés dans les bars de Benidorm et Vincent Cassel qui découvre Youtube et voit des Illuminati partout. Sur le papier, ’Le monde est à toi’ avait toutes les raisons de virer au machin informe et à la bonne idée avortée par l’inconstance et la négligence du réalisateur...sauf le style très personnel de Gavras a tôt fait de le transformer en une sorte de collage punk délirant au rythme syncopé et à l’humour surréaliste d’un efficacité absolue, bien loin du canevas traditionnel de la comédie française, même policière Paradoxalement, au delà de cette impression de jemenfoutisme survitaminé, l’ensemble est tout de même beaucoup plus solide que ‘Notre jour viendra’, idée formidable mais sans réelle ossature à l’écran.

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L'Amour est une Fête (Publié le 15/07/2019)

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Sa critique : Réalisateur de polars qui savent s’éloigner des formules éprouvées “Qualité Française”, Cédric Anger assouvit ici un vieux fantasme personnel, celui de se plonger dans le milieu du porno hexagonal à son âge d’or, celui des moustaches, des rouflaquettes et des productions aux ambitions aussi grandioses que leurs moyens étaient limités, avec leurs titres qui pourraient figurer sans honte dans une anthologie de l’humour de caserne (“Blanche-Fesse et les sept mains”, “Vingt mille vieux sous mémère”, etc…). Prétexte commode à l’exploration du sujet, Anger utilise à nouveau les ficelles du polar : ces deux potes prêt à tout pour se faire un nom dans le X sont en réalité deux inspecteurs infiltrés qui ont pour mission de surveiller certains producteurs un peu trop prompts au blanchiment d’argent. Curieusement, il s’agit de la partie la moins convaincante du film, Canet et Lellouche incarnant des flicards beaucoup trop sommaires et stéréotypés. En dehors du recours à certaines techniques qui rendent hommage aux moyens de l’époque, comme ce grain d’image imparfait et ces filtres aux couleurs saturées, c’est clairement la nostalgie d’une époque de pionniers et de liberté, héritière de mai 68, qui s’impose dans la seconde moitié du scénario, mâtinée d’un humour et d’une légèreté de plus en plus présents grâce aux extravagances propres au monde de la nuit. A l’instar de ‘Boogie nights’, ‘L’amour est une fête’, qui se déroule en 1982, a pourtant des airs d’ultime fiesta avant la fin du monde, à savoir l’arrivée du Sida et l’ingérence de l’Etat qui entraîneront la disparition des amateurs libertaires et la professionnalisation de la pornographie, dès lors soumise aux impératifs de rentabilité à tout prix. A en croire Cédric Anger, durant les âges farouches du X, les réalisateurs étaient des bricoleurs allumés, convaincus d’être à l’Avant Garde de quelque chose, les producteurs étaient des gens bienveillants, soucieux du bien-être de leurs acteurs et actrices, et ces dernières étaient des filles de la classe moyenne qui embrassaient la carrière de star du porno moins parce qu’elles n’avaient pas le choix que par hédonisme et envie d’emmerder la morale. Evidemment, présenter l’univers du film cochon sous un angle bienveillant et bonhomme va à l’encontre de toutes les tendances d’aujourd’hui et une telle démarche suscite forcément une sympathie automatique, même si le résultat s’avère bourré de défauts. Après, il reste la question de la véracité de cette vision : est-ce vrai ? Est-ce faux ? Idéalisé ? Sans doute. Mensonger ? Sans doute pas complètement. Je n’étais de toute façon pas là pour en avoir un ressenti de première main. Du reste, Cédric Anger non plus.

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Guy (Publié le 15/07/2019)

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Sa critique : Même si, au minimum depuis les capsules présentant les opinions éclairées de Catherine et Liliane, on sait qu’Alex Lutz est un transformiste de génie, on pouvait craindre, à la lecture de sa note d’intention, que ‘Guy’ soit un simple ego-trip tout entier dévoué à faire applaudir une performance, celle des responsables maquillage, Laetitia Quillery et Grégory Felle, qui vieillissent Alex Lutz d’une trentaine d’années de façon bluffante, et celle de Lutz lui-même, qui offre une synthèse réinventée de toutes les grandes figures de la chanson française des années 60 et 70, jusqu’à composer pour ce Guy Jamet de fiction une poignée de chansons originales qui n’ont rien à envier aux authentiques scies de l’époque. Dès lors, la décision de présenter les performances en question sous la forme d’un faux-documentaire réalisé par un jeune homme qui aurait découvert sur le tard qu’il était le fils de Jamet semblait n’être qu’un emplâtre, une maigre concession à l’originalité pour un projet ayant pour vocation de faire rire aux dépens d’une sorte de rejeton caché de Dave et de Michel Sardou. Sauf que ce n’est pas du tout cette idée là que Alex Lutz avait en tête, bien que le film débute comme une sorte de ‘Spïnal tap’ de la variétoche, avec l’alternance des tournées et des galas et des périodes de repos dans une belle maison de la Garrigue, avec une femme dont on devine qu’il ne l’a pas épousée pour son intelligence (et qu’il trompe sans vergogne en tournée), où ce chanteur finissant, exigeant, grincheux et bougon, un peu vaniteux, soliloque sur tout et sur rien. Pourtant, à mesure que le projet progresse, à mesure que le regard du faux-documenteur sur l’homme et l’artiste évolue, le portrait cesse d’être une accumulation de lieux communs (à la demande expresse de Jamet face caméra, c’est une des bonnes idées de Lutz) pour creuser un peu le sujet en profondeur. Oui, Guy Jamet est ringard mais il le sait. Il a construit sa carrière sur des bluettes sentimentales aux paroles navrantes...mais il n’a pas honte du plaisir qu’elles ont apporté à ses fans, encore moins de ce qu’elles lui ont permis de s’offrir et de ce que les ultimes échos du succès lui permettent encore : à savoir, la possibilité de profiter de tout sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Ce personnage archétypal, qu’on aurait instinctivement catalogué comme beauf est juste quelqu’un de terriblement lucide, sur les femmes, sur le succès, sur les autres et sur lui-même, surtout : c’est ce qui fait l’intelligence et le charme du portrait d’Alex Lutz.

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Que Dios nos Perdone (Publié le 25/06/2019)

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Sa critique : Après la montée en puissance rapide et la décadence tout aussi rapide de ses productions fantastiques, peut-être le cinéma espagnol, celui qui rêve de toucher le public international, trouvera-t-il son salut dans le polar ? Crépusculaire en diable, ‘La isla minima’, plongée dans les eaux troubles du post-franquisme, avait établi qu’il y avait peut-être bien quelque chose à creuser de ce côté et ce nouveau spécimen, signé Rodrigo Sorogoyen, confirme que si la Spanish touch ne réinvente rien à proprement parler, elle applique des recettes mi-nordiques mi-asiatiques (plus spécifiquement coréennes), sans épate, sans que les inspecteurs sortent les flingues et cavalent à la poursuite d’un quelconque suspect à la moindre occasion, qui ont déjà revivifié les quelques polars hollywoodiens qui y ont adhéré Cette synthèse futée offre une enquête où le contexte géographique, social et culturel, a toute son importance : la sempiternelle agitation madrilène devient d’autant plus anxiogène que le climat est caniculaire et qu’une prochaine visite pontificale surchauffe les esprits déjà marqués par la crise et les manifestations (on est en 2011). De même, les inspecteurs chargés d’enquêter sur la mort de vieilles dames isolées et bigotes, violées avant d’être sauvagement assassinées, ne sont pas sans reproche : l’un est un type brutal et machiste, de la vieille école, qui se révèlera incapable de faire face à une remise en cause de son statut de mâle alpha ; l’autre, cérébral et bègue, a de médiocres compétences sociales et une relation malaisée avec l’autre sexe. Dans d’autres circonstances, ils auraient pu être à la place du tueur qu’ils poursuivent, ils le pressentent inconsciemment : s’ils n’ont pas eu les mêmes spécificités familiales, ils ont tous forgé leur personnalité dans le climat patriarcal et religieux de la vieille Espagne. S’il n’est pas exempt de faiblesses, de quelques longueurs et de personnages imparfaitement écrits, ‘Que dios nos perdone’ est un signal encourageant de la part d’une industrie cinématographique espagnole qui a connu des jours meilleurs. Si vous en avez assez des polars américains qui ne servent que de cache-misère à un film d’action, ou des polars Français qui s’obstinent à singer les Belmondo, vous savez où prendre vos vacances...

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Faute d'Amour (Publié le 25/06/2019)

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Sa critique : Encensé d’autant plus en Occident qu’il n’est pas vraiment en odeur de sainteté dans son propre pays, Andreï Zvyagintsev est un observateur passionnant de la Russie contemporaine, une pays qu’il aime, de cet amour proche du mysticisme que les artistes russes ont toujours éprouvé pour leur patrie mais dont il ne cesse de déplorer qu’au delà de ses rodomontades de grande puissance déchue, elle éprouve de plus en plus de difficultés à assurer la cohésion de sa société et le bonheur de ses citoyens. C’est toujours par le petit bout de la lorgnette que Zvyagintsev entame sa psychanalyse de la société russe, pour mieux étendre petit à petit, le tableau et les constats qu’il tire de l’observation approfondie d’un micro-phénomène. Pris dans la tourmente d’un divorce difficile, alors qu’il découvre que son père et sa mère, qui ont déjà refait leur vie chacun de leur côté, ne souhaitent plus s’occuper de lui, un enfant disparaît : il faudra trente six heures pour que ses parents remarquent son absence et, devant l’impuissance cynique de la police, fassent appel à un organisme spécialisé dans les disparitions. On découvre alors cette homme et cette femme, aussi égoïstes et détestables l’un que l’autre, retrouver un semblant d’humanité alors qu’ils recherchent désespérément leur enfant, au fil de plans contemplatifs que n’aurait pas renié Tarkovski, même si Zvyangintsev, après en avoir été un imitateur studieux, trouve ici peu à peu sa propre voie artistique. Ces tableaux, d’une beauté toujours aussi hiératique, transcendent la banalité et la pauvreté architecturale des paysages urbains russes...mais aussi le luxe vulgaire du cadre de vie de ceux qui ont les moyens d’imiter les classes aisées mondialisées. Héritier des grands cinéastes européens de l’après-guerre, Zvyagintsev propose un récit à deux niveaux : au-delà des actions pragmatiques qu’elle initie, la quête pour retrouver l’enfant, qui peut prendre ici la forme d’une confrontation houleuse avec une grand-mère dépourvue d’affect ou de l’exploration minutieuse d’un bâtiment en ruines perdu dans la forêt, se double d’une déambulation intérieure, qui devient plus lisible à mesure que les espoirs de retrouver le disparu s’amenuisent : toute culpabilité évacuée, la disparition du petit procure à ses parents, à un niveau inconscient, un vif soulagement : elle est le catalyseur qui leur permet d’asséner le coup de grâce à leur relation, de la vider de tout ce qui lui donnait encore le moindre sens. On aurait tort de n’y voir qu’une critique de la petite bourgeoisie russe, mesquine et individualiste : le réalisateur parle de ce qu’il connait le mieux bien sûr, de certaines spécificités locales, comme ces entreprises menées par des orthodoxes pour qui la moralité et la vie maritale de leurs employés priment sur leurs compétences...mais son propos englobe l’humanité au sens le plus large, une humanité qui a perdu la notion de transcendance et ne voit plus l’avenir que par un prisme carriériste et pratique, puisque la vie privée se mène aujourd’hui, à peu de choses près, comme une carrière. ‘Faute d’amour’ n’est en rien le film déchirant que son sujet laissait présager : en fin de compte, la disparition de cet enfant triste et mal-aimé n’a qu’une valeur métaphorique, qui laisse toute la place à une vision glaçante et pessimiste d’une humanité où chacun est muré dans sa souffrance, ses besoins, ses rêves et ses ambitions, et où il n’est plus possible ni même désirable de partir à la rencontre de l’autre.

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Silence (Publié le 25/06/2019)

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Sa critique : Il existe deux voies d’accès principales pour comprendre la carrière de Martin Scorcese, quoiqu’on ait souvent tendance à oublier ou à négliger la seconde : l’Italo-américain, qui a relaté tout au long de sa carrière les heurs et malheurs de ses compatriotes sur le sol américain, y compris et surtout ce qui touche au gangstérisme, et le catholique fervent, qui a constamment interrogé sa Foi, à la recherche d’une voie médiane entre ses valeurs personnelles et le dogme. Après le feu d’artifice du ‘Loup de Wall street’, ‘Silence’ n’était pas seulement un moyen de prendre le contre-pied radical de cette oeuvre flamboyante mais aussi de faire aboutir un projet qui tient à coeur au réalisateur depuis près de trente ans, après qu’il ait lu le roman de Sh?saku End? sur la difficile situation des Japonais convertis au christianisme au cours de l’ère Edo : deux missionnaires jésuites accostent le Japon des années 1600, à une époque où les catholiques sont persécutés par le Shogunat. Ils sont à la recherche d’un de leurs prédécesseurs, le père Ferreira, que certaines rumeurs accusent d’avoir abjuré sa Foi. A l’écran, le projet, alourdi par son austérité empesée, semble aussi mal embarqué que la mission des deux religieux, qui se cachent dans la campagne, tentent de contacter les communautés locales et célèbrent des offices en secrets. La lenteur du film finit par devenir éprouvante, et l’extrême aridité de la mise en scène échoue curieusement à conférer à ‘Silence” la moindre touche de spiritualité. On craint de se retrouver face à la banale reconstitution historique d’un événement d’essence religieuse. C’est à partir de la capture des deux prêtres que le scénario commence à décoller: la dialectique entre occidentaux et orientaux se mue en un passionnant dialogue de sourds : les Jésuites, prêchant l’amour et la “Vérité”, comprennent mal la manière dont ils sont perçus par leurs ouailles et les mesures radicales prises par le pouvoir japonais sont de l’ordre d’une lutte existentielle pour préserver leurs spécificités et repousser la menace d’une aliénation culturelle. Face au constat que l’émergence d’une communauté chrétienne au Japon est une fausse-victoire (la spiritualité japonaise ne peut s’accommoder d’un Créateur abstrait, et le nécessaire réaménagement de la doctrine pour conquérir les âmes la vide de toute substance), le “chemin de croix” du père Rodriguez est aussi un combat intérieur entre l’esprit et la lettre, la compréhension du message primitif du Christ et le respect du dogme élaboré par ses héritiers : la foi est un cheminement intime, secret, distinct du monde et des contingences extérieures. Rester fidèle à ses valeurs et l’affirmer haut et fort est affaire d'orgueil plus que de conviction si les conséquences de cette obstination vont à l’encontre de ce qui est juste. C’est lorsqu’il saisit au vol l’intériorité d’un croyant dévoré par ses doutes et sa culpabilité, cherchant une rédemption tapageuse dans un sacrifice vain, que Scorcese atteint une forme de grâce : un mécanisme guère différent, du reste, de celui qui avait cours dans ses multiples films de gangsters, à peu de choses près soumis aux mêmes tourments intérieurs.

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Otages à Entebbe (Publié le 25/06/2019)

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Sa critique : On a déjà eu droit à beaucoup de film relatant le raid d’Entebbe, qui fut ordonné suite au détournement du vol Paris-Tel Aviv en juin 1976 par un commando constitué de Palestiniens et de membres de la Fraction Armée Rouge. Pour rappel, tout en feignant de négocier, le gouvernement israélien mit sur pied une opération secrète afin de libérer les otages : cette action, menée à 4000km du pays sans le moindre soutien extérieur, sur le territoire d’un pays étranger, semblait vouée à l’échec mais en termes strictement militaires, elle fut un succès retentissant : les preneurs d’otages furent tous abattus (ainsi qu’un nombre inconnu de soldats ougandais), alors que les Israéliens perdirent seulement un soldat et trois otages. Cette nouvelle vision de l’événement n’est pas une resucée du ‘Operation Thunderbolt’ de la Cannon, et l’assaut en lui-même sera bref et filmé avec une extrême sobriété, sa violence partiellement dissimulée derrière un étrange ballet de danse moderne. Voilà qui peut sembler étonnant de la part du Brésilien José Padilha, qui avait signé les impitoyables ‘Tropa de elite’ mais après tout, on se souvient que le second opus de cette série s’intéressait déjà davantage aux contingences politiques et à tout ce qui se trame dans les coulisses qu’aux actions du BOPE. Ici, Padhilla s’attarde sur les terroristes allemands, vite dépassés par les événements, dont la démarche idéologique s’harmonise mal avec la lutte plus pragmatique de leur collègues palestiniens, qui méprisent en retour ces intellectuels qui prétendent régenter et théoriser leur combat. On s’intéresse à un soldat de Tsahal pétri de sa mission, pour qui c’est un crève-coeur d’abandonner sa famille. On assiste aux débats au sein du Cabinet israélien, à la différence des points de vue entre Pérez et Rabin, à la conviction fataliste de ce dernier que succès de l’opération ou pas, le refus de négocier avec les Palestiniens n’est pas une position tenable sur le long terme. Si le résultat n’est pas dépourvu d’intérêt, on peut regretter que le film, à force d’essayer d’aboutir à la position la plus équilibrée, échoue à produire le moindre point de vue personnel sur la question : les Gauchistes étaient naïfs, les Palestiniens avaient leurs raisons et les Israéliens n’avaient pas le choix, au final, tout ça, c’est la faute à personne. Si on peut mettre sans crainte une dialectique des valeurs dans la bouche des personnages, en tant que réalisateur-démiurge, il faudrait un certain cran pour faire passer l’idée qu’on a pour conviction prioritaire personnelle le droit à l’autodétermination des Palestiniens, et plus encore le droit à la sécurité des Israéliens...et les bailleurs de fonds n’aiment pas trop ça, le cran et la prise de position. Quitte à froisser les soutiens les plus acharnés des deux camps en présence, une position affichée plus fermement, dans une direction ou une autre, aurait pu ouvrir le débat bien mieux qu’un consensus aussi mou et prudent.

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22 Miles (Publié le 25/06/2019)

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Sa critique : Dans la grande famille des super-agents des services super-secrets qui défendent la primauté américaine, la liberté d’entreprendre et le cheeseburger à 1$, il faudra désormais compter avec James Silva. Ou plutôt, il ne sera pas nécessaire de compter avec lui vu qu’il ne risque pas de tailler des croupières à Ethan Hunt et à Jason Bourne. Certes, Silva est surdoué, bipolaire et implacablement fixé sur la réussite de sa mission mais enfin, il est joué par Mark Wahlberg qui peut incarner indifféremment des super-agents névrosés, des flics bostoniens patriotes ou des électriciens de plate-forme pétrolière avec la même expression unique. Avec Mel Gibson, peut-être que...mais là, la sauce ne prend pas. Pour le reste, Silva doit exfiltrer un témoin d’un pays asiatique imaginaire apparemment situé, si j’en crois les décors, en Amérique centrale : il y a des gentils barbouzes américains, des méchants asiates, des méchants russes et plein de civils idiots qui traînent toujours là où il ne faut pas. L’agent Silva se traîne l’agent Kerr qui est peut-être experte en armement mais qui n’est pas fiable parce qu’elle vit mal son divorce (parce que c’est une femme, voyez, et les femmes, ça ne sait pas contrôler ses émotions) alors, l’agent Silva, ça l’énerve et il fait tout le temps claquer son bracelet fluo comme son pédo-psy le lui recommandait, et comme ça, on comprend bien bien qu’il est un peu fou dans sa tête. De toute façon, on ne comprend pas vraiment de quoi il retourne dans cette opération et le montage tout juste lisible en plans de cinq secondes n’aide pas beaucoup : on comprend tout de suite les motivations des Russes, beaucoup moins celles des locaux qui n’ont jamais plus de deux lignes de dialogues en suivant (c’est que c’est mutique, un Asiatique). Alors, on regarde les bagarres parfaitement chorégraphiées où se défoule Iko Uwais, superstar indonésienne du film de tatane, dont c’est ici le premier film hollywoodien. Et on se dit que c’est vraiment ce qu’il y a de mieux à voir dans ‘22 miles’.

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