LES 1916 CRITIQUES DE Marc
user-thumb 5_pen_3_fr
Trier par :

Hotel Artemis (Publié le 04/04/2019)

Star-onStar-onStar-offStar-offStar-off

Sa cotation : Star-onStar-offStar-offStar-offStar-off

Sa critique : ‘Hotel Artemis’ est un projet doublement bizarre. Premièrement, cette histoire d’hôtel tenu par une infirmière agoraphobe et son cerbère, dans lequel les criminels de tous bords peuvent se faire soigner moyennant le respect de règles très strictes, semble tout droit sortie d’une autre époque : il se rapproche dans l’esprit d’une certaine mouvance du cinéma d’action des années 90, fascinée par les Bad guys hauts en couleurs et les punchlines qui dépotent. Chez Tarantino, cette recette a donné naissance à quelques classiques indéboulonnables. Ici, la sauce ne prend que très peu, la faute à un script paresseux...ce qui est curieux car Drew Pearce fut le scénariste de ‘Iron man 3’ et ‘Mission Impossible - Rogue nation’, deux blockbusters plutôt efficaces dans leur genre. Second motif de curiosité, alors que cet ‘Hotel Artemis’ ne s’impose, dans le meilleur des cas, que comme une laborieuse série B, on y rencontre quand même, au milieu d’un fatras d’acteurs moyens, Jodie Foster et Jeff Goldblum, acteurs rares et iconiques, qui doivent donc en être au moins au troisième rappel ou à la mise en demeure pour leurs factures d’eau ou d’électricité. Et il n’y a d’ailleurs pas grand chose d’autre à signaler à propos de cette médiocre distopie pleine de flingues et de personnages clichés, que son lien ténu avec l’actualité et son esthétique une fois de plus influencée par Blade runner font passer pour une de ces productions Netflix interchangeables.

0 Smiley_yes   0 Smiley_no

Hotelartemis2018bfr dvd

Clash (Publié le 04/04/2019)

Star-onStar-onStar-halfStar-offStar-off

Sa cotation : Star-onStar-onStar-onStar-onStar-off

Sa critique : Le cinéma, dans les pays qui ne raffolent pas des voix discordantes, (Iran, Russie, Egypte dans le cas présent) est parfois un sport de combat. Mohamed Diab, qui fut très impliqué dans les événements de la place Tahrir en 2011 parle ici d’une autre révolution, celle de 2013, qui renversa Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu d’Egypte et ramena au pouvoir la dictature militaire que le pays avait toujours connu jusqu’alors. Comme il serait extrêmement risqué de prendre ouvertement parti pour l’un ou l’autre des camps en présence, Diab filme la révolution, ou plutôt le peu qu’en perçoivent des citoyens égyptiens que la police a arrêtés au hasard et bouclés dans un fourgon blindé. C’est tout un échantillon de la société égyptienne qui se retrouve ainsi entassée dans le véhicule dans la promiscuité la plus totale et sous une chaleur infernale : pro et anti Morsi, religieux et laïcs, femmes voilées et femmes libérées, enfants et vieillards, journalistes et chômeurs. Avec tant de sensibilités et de valeurs différentes voire antagonistes confinées dans un espace aussi restreint, il faut bien établir un modus vivendi. C’est ce à quoi s’emploie le réalisateur, qui ajoute aux opinions politiques l’énervement, la fatigue et les antagonismes personnels comme facteurs de troubles secondaires mais montre aussi que tous peuvent mettre de côté leurs différents lorsque de simples questions d’humanité l’exigent. La principale force du film est de ne jamais sortir du fourgon pour expliciter la situation : les détenus, et donc le spectateur, n’ont qu’une vision parcellaire du chaos qui se répand autour d’eux, ne savent rien de leur famille, de leurs alliés, des soldats qui les gardent ou des menaces potentielles à l’extérieur, incarnées par des partisans des deux camps chauffés à blanc. Cette situation illisible accroît d’autant la tension et parvient ironiquement à transformer le fourgon en hâvre de sécurité où, au moins, chacun sait à quoi s’en tenir sur ses semblables. A la fois dénonciation des valeurs rigides qui conduisent à tous les intégrismes et plaidoyer pour une meilleure compréhension de ce qui rassemble les citoyens au lieu de les séparer, ‘Clash’ retrouve les accents engagés et intransigeants du précédent film de Diab, ‘Les femmes du bus 678’. Tout juste prend-il la peine de les dissimuler sous la forme d’un Thriller tendu : on n’est jamais trop prudent.

0 Smiley_yes   0 Smiley_no

Clash2016bfr dvd

Wonder (Publié le 04/04/2019)

Star-onStar-onStar-onStar-onStar-off

Sa cotation : Star-onStar-onStar-onStar-onStar-off

Sa critique : Voilà typiquement le genre de productions dont on cerne instantanément les intentions et dont on se demande bien pourquoi elles ne sont pas vendues en package avec des kleenex. C’est également le genre de films qui suit un cheminement prévisible puisqu’il est impossible, dans un film de cinéma aux telles visées familiales, qu’au fait de ne pas avoir eu de chance à la loterie génétique puisse s’ajouter celui de connaître un destin tragique ou d’éprouver des difficultés qui ne connaissent aucune solution. ‘Wonder’ sera donc le surnom dont écopera - à la fin du film - Auggie Pullman, un petit garçon de dix ans atteint d’un syndrome de Treacher-Collins qui lui déforme le visage, qui doit affronter sa première année de scolarisation et le regard des autres. Fort heureusement, le gamin est remarquablement intelligent, plein d’humour et d’autodérision, sa famille est super aimante et protectrice et comme en plus, ils ont clairement les moyens qui suivent, ils ont pu le mettre dans un excellent établissement, ce qui ne le protège pas des brimades verbales mais peut-être bien du risque de se retrouver cloué sur la porte du local de sciences. Donc, on en est sûr, ça ne va pas se terminer mal pour le matricule du petit Augie : ça ne peut pas. Aborder le handicap, la maladie, la différence ou le harcèlement scolaire est une initiative en tous points louable mais qui n’a jamais empêché de tourner de mauvais films. Confier la tâche à Stephen Chbosky était donc une excellent pioche puisque l’homme, à l’instar du très bon ‘Monde de Charlie’ qu’il avait adapté de son propre roman, sait faire preuve de finesse et de doigté, en ne cherchant pas l’effet lacrymal à tout prix et en laissant respirer le récit dramatique grâce à des bulles d’humour bienvenues. Ici, il s’attarde d’ailleurs moins sur le handicap en tant que tel qu’il n’en fait un motif d’une difficulté plus générale à s’intégrer dans un nouvel environnement. Excellente idée aussi d’avoir découpé le récit selon plusieurs points de vue : ce choix atténue le relatif formatage du scénario et permet de mieux comprendre certains enjeux périphériques, comme celui de la soeur prête à tout pour son petit frère mais qui souffre de passer systématiquement au second plan en ce qui concerne l’attention de ses parents.

0 Smiley_yes   0 Smiley_no

Wonder2017bfr dvd

Sa cotation : Star-onStar-onStar-onStar-onStar-off

Sa critique : Valérian et Laureline, j’en ai lu un seul album il y a de cela au moins 30 ans et ça ne m’avait pas plus inspiré que ça. Peut-être étais-je alors trop jeune pour apprécier mais d’un autre côté, cette méconnaissance du matériau d’origine me permet, pour une fois, de ne pas être tributaire d’attentes ou de références visuelles et scénaristiques que toute adaptation cinématographique est vouée à trahir dans des proportions variables. De plus, à l’écran, j’ai tout de même retrouvé l’essence de ce qu’était, à mes yeux, la BD de Science-Fiction française des années 70 et 80, celle de Métal Hurlant, de Moebius et de Jodorowski : un mélange virevoltant de Space-Opera et de Fantasy, un peu comme Star Wars l’était mais dans des proportions et avec une audace visuelle et conceptuelle bien supérieures...ce qui me laisse penser que Besson s’est montré capable de rester fidèle à cet univers tout en s’en écartant quand c’était nécessaire, le rythme soutenu de l’action en apportant la preuve. De ce point de vue, ‘Valérian et la cité des milles planètes’ est sans doute la meilleure adaptation de BD francophone qu’on ait vu depuis des années, même si avec une concurrence incarnée par Spirou, Gaston Lagaffe ou Boule & Bill, la victoire ne me semble pas chèrement acquise ! La principale faiblesse de cette superproduction hexagonale était, de toute façon, totalement attendue : Besson a agi comme le fanboy qu’il est vis-à-vis de la série de Christin et Mézières et a écrit le scénario et les dialogues tout seul, alors que depuis le temps, quelqu’un chez Europacorp aurait quand même du prendre son courage à deux mains pour lui dire que l’écriture n’est franchement pas son point fort. Du coup, les discussions entre Valérian et Laureline, leur flirt maladroit, leurs tentatives d’humour, tout tombe affreusement à plat, et convoque les souvenirs pénibles de Anakin et Padme...ce qui n’arrange rien à la monumentale erreur de casting des deux personnages principaux, incarnés par un Dane DeHaan insipide et une Cara Delevingne à gifler les trois quarts du temps. Du coup, à un certain moment, le scénario passe complètement au second plan, et il faut faire des efforts pour se rappeler que Valérian et Laureline - qui ça? - explorent la station Alpha - quoi ça ? - à la recherche le réplicateur-kawaï-chieur-d’objets-clonés (je ne suis plus tout à fait certain de la formulation exacte de la bestiole). Pour en revenir à la filiation Star Warsienne, si Lucas écrivait des dialogues pénibles, en revanche, il savait parfaitement écrire des scènes d’action et, cette fois en tout cas, Luc Besson aussi. Le film ne manque pas de morceaux de bravoure spectaculaires, de courses-poursuites ébouriffantes, ou de scènes d’action ultra efficaces menés à une allure grisante...ce qui nous amène directement au défaut de cet avantage : compte tenu de cette obligation de tenir la dragée haute aux blockbusters américains, on n’a pas le temps de profiter autant qu’on le voudrait des décors, des personnages secondaires et du bestiaire, qui constituent la véritable réussite du film, autant grâce à leur luxuriance visuelle (par exemple, la planète paradisiaque des Mül) que dans certaines trouvailles originales et brillamment exploitées (la planète-souk, qu’on ne peut visiter que virtuellement). De ce point de vue, Valérian est beaucoup plus satisfaisant que l’écrasante majorité des blockbusters américains et on renoue même occassionnellement avec la surprise et l’émerveillement qu’on avait pu ressentir à la découverte du “Cinquième élément”. Ecrit, réalisé et produit par le même homme, ‘Valérian et la cité des milles planètes’ est finalement presque un film d’auteur “auto-produit” (même si Besson est sans doute le seul auteur à pouvoir mettre 170 millions sur la table pour un projet perso), au sens où il semble n’être le fruit d’aucun compromis, ce qui devient rare de nos jours : qu’il s’agisse d’élaborer des univers numériques somptueux, de foirer les dialogues, d’aligner le bestiaire le plus kitsch qu’on ait vu depuis Le Retour du Jedi ou de caster Rhianna en transformiste métamorphe, Alain Chabat en pirate de l’espace et Herbie Hancock en général de la fédération, tout est à mettre à l’actif et au passif de Besson, qui a fait exactement ce dont il avait envie, que les idées soient bonnes ou plus douteuses. Le résultat final est un space-opera boursouflé, bancal et souvent maladroit...mais aussi rafraîchissant, généreux et débordant de liberté créative, toutes choses qui, à niveau équivalent de budgétisation, ont déserté le cinéma américain depuis longtemps.

0 Smiley_yes   0 Smiley_no

Valerian2017bfr bluray3d

Justice League (Publié le 30/03/2019)

Star-onStar-onStar-halfStar-offStar-off

Sa cotation : Star-onStar-onStar-offStar-offStar-off

Sa critique : Sept ans après les Avengers, les cousins d’en face sortent de leur léthargie et se décident enfin à s’unir pour le All-Star Movie qui devait permettre aux adaptations DC Comics de prendre définitivement leur envol...ou, dans le cas contraire, mettre un terme tout aussi définitif à de telles tentatives! Le label part de plus loin que Marvel car, si on excepte les deux premiers Batman de Nolan et, dans une moindre mesure, le sympathique Wonder woman, l’écurie DC n’a pas été capable d’offrir jusqu’ici le moindre blockbuster de haute-volée alors que le premier Avengers pouvait se reposer sur des franchises bien installées qui bénéficiaient d’une certaine bienveillance critique. Ironie du sort, pour remplacer un Zack Snyder empêché de conclure pour raisons familiales, c’est justement Joss Whedon, maître d’oeuvre du premier Avengers, qui a été recruté pour poser la dernière couche sur le projet. La coïncidence est d’autant plus amusante qu’on a la vague impression que chaque justicier de la Ligue est un mélange de plusieurs Avengers : Batman est riche comme Iron Man et compense son absence de superpouvoirs par un sens tactique exceptionnel comme Captain America ; Superman est droit et honnête comme Captain America et invulnérable comme Thor ; Aquaman est un succédané de Thor avec l’humour et l’arrogance d’Iron man, tandis que l’immaturité et l’humour involontaire de Flash le rapprochent de la dernière incarnation en date de Spiderman. Il n’y a finalement que Wonder Woman pour apporter une petite touche d’originalité à ce rassemblement de surhommes décidément bien conventionnel. Malgré certaines faiblesses inexcusables (comme des CGI parfois anormalement pourris), ‘Justice league’ n’est pas à proprement parler un mauvais blockbuster : le spectacle et le divertissement sont de la partie, quoi qu’on en dise, et le fait qu’on n’entre que lentement dans le vif du sujet peut se justifier par l’obligation scénaristique de trouver, d’intégrer et de faire cohabiter les différents membres de l’équipe en vue d’aventures ultérieures. Mais pourquoi les héros, qu’ils aient ou non déjà eu droit à leur film à eux, sont-ils aussi sommairement caractérisés ? Pourquoi Steppenwolf, réduit au statut de diable qui sort de sa boîte la tête farcie de plans de conquête du monde, est-il à ce point incolore ? Pourquoi, à chaque fois qu’on pressent un possible climax émotionnel ou même simplement un choc visuel iconique, ‘Justice league’ semble-t-il incapable d’amener ces visions à maturité ? Une partie de ces reproches peut s’expliquer par le fait que ‘Justice league’ est le premier Opus magnum mettant en scène ces personnages et qu’il a donc pour vocation d’essuyer les plâtres...mais cela ne justifie pas l’indifférence un peu blasée qu’on éprouve à l’égard d’un film, dont on n’attend certes pas de stimulation intellectuelle prolongée mais au moins un peu d’éclat. Si ‘Justice league’ n’est pas la catastrophe que son mauvais score au box-office laissait présager, il échoue à imposer un ton, un esprit et un univers qui lui soient propres, et se contente de courir sans grande conviction derrière la recette que leurs concurrents de chez Marvel pratiquent, avec une maîtrise consommée, depuis plus d’une décennie.

0 Smiley_yes   0 Smiley_no

Justiceleague2017bfr bluray

Mission Impossible : Fallout (Publié le 30/03/2019)

Star-onStar-onStar-onStar-halfStar-off

Sa cotation : Star-onStar-onStar-onStar-onStar-off

Sa critique : ‘Mission : Impossible’ est l’exemple trop rare d’une franchise qui, en accumulant les épisodes depuis près de vingt ans, a dépassé depuis longtemps le point de rupture normal de toute série qui s’éternise, celui où survient l’épisode de trop, où tout devient poussif et redondant, où on se rend compte que le héros est tout vieux ou appréhende son rôle comme un fonctionnaire qui viendrait chercher son chèque. D’épisodes en épisodes, ‘Mission : impossible’, lui, ne faiblit que très modérément et parvient à évoluer en parallèle avec son public, son casting et la réalité du monde contemporain. D’ailleurs, même s’il se débrouille quand même pour sauver le monde à la fin de cet épisode crépusculaire, même Tom Cruise a renoncé à essayer de faire croire qu’il avait toujours 30 ans, et le voir s’essouffler en acrobaties ou se faire dérouiller par un Bad guy plus jeune et plus robuste fait partie des petits plaisirs décalés que la franchise peut se permettre d’offrir aujourd’hui. Toutefois, le scénario de ce ‘Fallout’, avec d’anciens agents spéciaux que la ruine de leurs idéaux conduit à envisager la destruction du système qui les employait, me semble un peu plus entortillé que l’habitude et la pratique ne l’exigent et on y revoit pas mal de personnages des épisodes précédents….ce qui m’énerve un peu car les ‘Mission : Impossible’ font partie de ces séries à rallonge dont j’oublie systématiquement les tenants et les aboutissants au fur et à mesure que les épisodes défilent...et je ne sais même pas pourquoi ! Que j’oublie ce qui s’est passé avant un ‘Resident evil 6’ ou un ‘Underworld 5’, c’est logique, ces séries ont atteint leur plafond de verre et exposé leur potentiel daubesque depuis bien longtemps…mais dans le cas de ‘Mission : impossible’, j’ai la conviction que le spectacle proposé est tellement au-dessus des standards de l’Actionner hollywoodien moyen, technico-qualitativement parlant, qu’on se met instinctivement dans les conditions idoines pour ne pas rater une miette de ce spectacle a(ba)sourdissant, quitte à décharger le cerveau d’une partie de ses fonctions d’assimilation narrative. Cette fois, pourtant, le Grand Final est vraiment un Grand Final, alors que ‘Mission : Impossible – Fallout’ démarre de manière moins tonitruante : la séquence parisienne n’en reste pas moins plutôt trépidante, hommage rendu aux films de braquage et aux scènes d’action "à l’européenne" d’autrefois.. Une fois à Londres, le ton se fait plus léger et la poursuite se drape d’un certain humour. Il faut attendre la demi-heure finale au Cachemire pour retrouver l’essence de ce qui constitue ‘Mission : Impossible’ : des enjeux planétaires qui, tout en restant ludiques, sont filmés avec une telle maîtrise conjuguée de la tension et du grand spectacle qu’on se prend instantanément au jeu, et des scènes d’action d’une virtuosité à peine croyable, qui font osciller le spectateur entre stress authentique et incrédulité hilare. Au final, aussi loin que je puisse me souvenir, ce ‘Mission : Impossible – Fallout’ est peut-être un ton, un très léger ton, en dessous des deux précédents…mais à ce niveau de qualité et d’efficacité, il n’y a de toute façon pas grand monde pour menacer la suprématie de la série en matière d’Actionner hollywoodien. Cette année encore, face à James Bond et à Jason Bourne, Ethan Hunt conserve son trône !

0 Smiley_yes   0 Smiley_no

Missionimpossiblefallout2018bfr bluray

Carnage chez les Puppets (Publié le 30/03/2019)

Star-onStar-onStar-offStar-offStar-off

Sa cotation : Star-onStar-offStar-offStar-offStar-off

Sa critique : J’ai une grosse faiblesse pour les films avec des Muppets, en dépit - ou justement à cause ? - de leur côté gentillet et de leur prévisibilité. J’en ai maté deux ces dix dernières années, et je persiste à les considérer comme une part d’enfance miraculeusement préservée et surtout, ultime concession à l’absurdité de leurs premières apparitions sous la supervision de Jim Henson (père du réalisateur) comme quelque chose qui réclame la plus formidable suspension d’incrédulité existante puisqu’il est nécessaire d’admettre que des humains et des chaussettes parlantes cohabitent quotidiennement sans que cela surprenne personne ! Cette fois, au lieu de réclamer du spectateur adulte qu’il fasse un pas en direction des Muppets, ce sont les Muppets qui font un pas en direction du spectateur adulte. S’il ne reprend aucune des marionnettes les plus célèbres au casting, ce ‘Carnage chez les puppets’ se présente comme une parodie de Film Noir...et qui dit Film Noir dit forcément Femme Fatale, Détective Dépressif et Bouteille de Bourbon à demi entamée posée sur le bureau. En gros, le film adapte effectivement les codes du genre à son casting mixte humains/chaussettes sauf qu’il pousse les choses un cran plus loin : le scénario joue continuellement sur la dichotomie entre l’image consensuelle des Muppets, celle de petits personnages idiots qui chantent et qui dansent, et la “réalité”, celles de marionnettes à la sexualité incontrôlable qui vivotent dans une société glauque et inéquitable où dominent l’alcoolisme, la clochardisation et la prostitution. Comme tout ce qui est extrême et crade, ‘Carnage chez les puppets’ possède ses moments de délire qui font mouche, et parviennent à amener le spectateur à son point de dissonance cognitive, mais le film a la faiblesse de reposer presque exclusivement sur ce mauvais esprit scabreux, considérant une fois de plus que dynamiter l’image des Muppets en redoublant de vulgarité et en les forçant à s’adonner à tout ce que la culture américaine réprouve est un projet humoristique en soi. L’abattage de Melissa McCarthy, qui reproduit sans se fouler sa prestation des ‘Flingueuses’ ou de ‘Spy’, n’est que la partie la plus visible de cette démarche paresseuse.

0 Smiley_yes   0 Smiley_no

Happytimesmurders2018bfr dvd

Us (Publié le 27/03/2019)

Star-onStar-onStar-offStar-offStar-off

Sa cotation : Star-onStar-onStar-offStar-offStar-off

Sa critique : Voici deux ans, Jordan Peele avait flanqué un solide coup de pied dans la fourmilière du cinéma d’épouvante américain, celui qui est mort mais qui ne le sait pas encore. Quoique perfectible par certains aspects, ‘Get out’ s’imposait sans difficultés comme le meilleur film d’horreur de l’année de ce côté de l’Atlantique...parce qu’il était clairement le plus malin d’entre eux, et celui qui avait le plus de choses à dire. Forcément, après avoir vu ‘Get out’, constaté l’ancrage à nouveau très afro-américain de ‘Us’ et noté l’étrange scène d’intro, on se met à l'affût des références et d’une démonstration qui aurait trait à la situation ou à l’identité noire aux Etats-unis...et pourtant, on se trompe : si ‘Us’ fait référence à quelque chose, c’est à l’Amérique au sens large, et encore l’ordre des priorités se trouve-t-il cette fois nettement inversé. ‘Get out’ se servait du Genre pour faire passer un message politique clair ; ‘Us’, lui, est un pur film d’horreur, dans lequel chacun sera libre de détecter une métaphore implicite s’il le souhaite. Remarquablement précis dans ses prémices, dans l’alignement de références plus ou moins discrètes comme dans la mise en place des différents personnages, ‘Us’ assure également dans les séquences home-invasion, brèves mais intenses, et parvient à maintenir la menace en l’état où le spectateur ne peut que multiplier les hypothèses douteuses. C’est malheureusement là que le scénario se prend les pieds dans le tapis, en essayant de prendre de la hauteur par rapport à son cadre resserré et d’envisager une approche globale. Honnêtement, comme toutes les théories du complot, celle ci est peu trop abracadabrantesque pour qu’on ait envie d’y croire et cela fait perdre une partie non négligeable de son impact au film, d’autant plus que Peele succombe à une forme de sur-explication lourdingue (qui lui aurait été imposée en dernière minute, paraît-il), à peine rattrapée par un rebond final plutôt honnête.

0 Smiley_yes   0 Smiley_no

Us2019bfr bluray

Comme des Garçons (Publié le 24/03/2019)

Star-onStar-onStar-onStar-halfStar-off

Sa cotation : Star-onStar-onStar-offStar-offStar-off

Sa critique : L’idée de Julien Hallard était plutôt louable : relater la (ré)apparition des équipes de football féminines en France à la fin des années 60. On n’y pense pas souvent mais le foot féminin, qui existait au 19ème siècle malgré - déjà! - nombre de critiques sur son indécence et son inanité, avait totalement disparu du paysage sportif durant l’essentiel du 20ème siècle : il aura fallu attendre les années 70 et la pugnacité de joueuses amateur, jusqu’alors obligées de quémander une autorisation maritale pour pouvoir courir en short après un ballon, pour qu’il soit reconnu comme une discipline sportive à part entière. Si le foot ne vous intéresse pas beaucoup - de toute façon, ce n’est pas comme si ‘Comme des garçons’ faisait preuve d’un quelconque génie pour filmer les scènes footbalistiques - il vous restera toujours ce petit voyage temporel en direction d’une époque pas si lointaine où, en France (et en Belgique aussi d’ailleurs), la femme mariée était toujours considérée comme mineure pour des actes aussi ordinaires qu’ouvrir un compte en banque ou accepter un emploi. Le film dévoile effectivement, parfois de façon humoristique, ces années où règnait un machisme ordinaire et “bienveillant”, où chaque chose devait rester à la place qui lui avait été assignée : la volonté de ces onze joueuses d’être reconnues en tant que pratiquantes d’un sport est perçue, au mieux, comme absurde et saugrenue, au pire comme une menace directe contre une citadelle de la masculinité. D’envergure modeste, pas spécialement inspiré, ‘Comme des garçons’ aurait tout de même pu remplir sa petite mission d’éducation à l’histoire de l’égalité des droits mais il y a tout de même un truc qui me chiffonne : je n’ai aucune connaissance du dossier qui me permettrait d’affirmer avec certitude que le scénario du film n’est pas conforme aux faits...mais il est tout de même symptomatique qu’à l’écran, ce qui surnage de cette histoire d’empowerment féminin, ce ne sont pas les joueuses, dont on peine à cerner et à se souvenir des personnalités (à une exception près) mais la gueule enfarinée de Max Boublil, séducteur à peine repenti et coach improvisé pour l’équipe...

0 Smiley_yes   0 Smiley_no

Commedesgarcons2018bfr dvd

Jusqu'à la Garde (Publié le 24/03/2019)

Star-onStar-onStar-onStar-halfStar-off

Sa cotation : Star-onStar-onStar-onStar-offStar-off

Sa critique : On entame ce film, et sa scène d’ouverture qui se déroule dans la bureau du juge pendant que les avocats d’un couple en instance de divorce argumentent et contre-argumentent, en gardant à l’esprit qu’en France, le principe de la garde alternée est nettement moins favorable aux pères qu’il ne l’est en Belgique. Les premières scènes laissent supposer que Xavier Legrand a choisi de décrypter le rôle que des enfants, croyant protéger leurs parents, peuvent jouer à leurs corps défendant dans l’aggravation d’un climat familial déjà tendu. D’ailleurs, les parties en présence - une mère qui a l’air d’en avoir bavé, un père tout en violence contenue - semblent trop convenues pour qu’on se dise qu’on aimerait bien que les choses se déroulent un peu plus subtilement. Pourtant, on se rend vite compte que c’est le premier mouvement qui était correct. Evidemment, on est déçu de retomber dans ce genre de poncifs mille fois employés, même si l’auteur est évidemment tout à fait libre de privilégier ce biais. En réalité, il brouille les pistes : c’est que sous ses airs de drame social austère, ‘Jusqu’à la garde’ serait plutôt à ranger dans la catégorie Thriller, et même dans celle du Thriller sacrément tendu dans son dernier quart d’heure, ce qui peut expliquer le choix du dispositif. On en profite pour remarquer que ce qui pourrait passer pour un mécanisme de mise en scène répétitif - une tension latente conduisant au débordement, répété ad nauseam - épouse au contraire la pathologie paternelle, avec une réelle intelligence.

0 Smiley_yes   0 Smiley_no

Jusqualagarde2017bfr dvd