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Moi , Tonya (Publié le 17/12/2018)

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Sa cotation : Star-onStar-onStar-onStar-onStar-off

Sa critique : L’Amérique n’est jamais aussi fascinée par ses princesses et ses petites fiancées que lorsqu’elles explosent en vol. Ainsi, avant Britney Spears, il y eut Tonya Harding, patineuse artistique, elle aussi blonde et prolo, qui fut au centre d’un fait divers rocambolesque lorsque sa rivale, Nancy Kerrigan, fut attaquée à coup de barre à mine quelques semaines avant les Jeux olympiques d’hiver de 1994. L’enquête démontra ultérieurement que Harding elle-même n’était pour rien dans l’agression, qui avait été manigancée par son ex-mari et son entourage pour d’obscures raisons mais le scandale fut tel qu’il brisa net sa carrière pourtant prometteuse, après une prestation calamiteuse à Lillehammer. Bien que la pression médiatique autour d’elle retomba sitôt que la presse flaira un nouvel os (en l’occurrence, le procès de O.J. Simpson), Tonya Harding connut un autre phénomène bien américain puisque son nom devint un phénomène culturel - quelques années plus tard, on aurait dit un ‘Meme’ - alors même que la personne qu’elle était sombrait dans l’oubli et l’obscurité. Dynamitant les conventions du biopic, le film de Craig Gillepsie oscille entre story-telling traditionnel et reconstitution, avec les acteurs, des interviews surréalistes qui furent données par tous les protagonistes de l’histoire pendant et après le scandale. Cette manière d’aborder le sujet confère une coloration éminemment subjective à l’ensemble puisque face caméra, chacun y va de ses explications et de ses justifications embrouillées et proteste de sa bonne foi et de sa probité. C’est une manière de prendre la “Vérité” du biopic standard, qu’il taille des costards ou grave les légendes dans le marbre, à rebrousse-poils : en tout logique, les récits d’ascension et de chute dans lesquels, malgré le courage et l’abnégation déployés, les rêves volent en éclats, constituent une base idéale pour un traitement à l’américaine, débordant de pathos, de mélodrame et de leçons de vie appuyées. Ici, rien n’est fantasmé, rien n’est éludé ou même édulcoré, on est même en peu chez les “Affreux, sales et méchants” en version Oregon: entre un père qui l’abandonne toute petite à une mère infecte, psychologiquement destructrice et dépourvue de la moindre capacité affective, un mari idiot et violent épousé bien trop jeune et un entourage de crétins mythomanes, on s’étonne même que Tonya, malgré son agressivité et sa pugnacité, ait pu arriver à quelque chose dans la vie...mais cet exposition mi-navrée mi-amusée du quart monde américain fait en sorte qu’on finisse par éprouver une authentique compassion envers un personnage foncièrement peu attachant.

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Neruda (Publié le 17/12/2018)

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Sa cotation : Star-onStar-onStar-onStar-offStar-off

Sa critique : Du grand poète et figure centrale de la gauche marxiste chilienne du milieu du 20ème siècle, je ne savais pratiquement rien. Au terme de ce film de marionnettiste, je n’en sais pas davantage puisqu’une fois de plus, on n’a pas affaire ici à un biopic au sens strict - en fait, ce n’est même pas un biopic du tout ! - mais à un moment volé de l’Histoire, ré-instrumenté afin de cristalliser l’essence d’un homme et d’une oeuvre...mais on ne peut pas reprocher à Pablo Larraín d’avoir agi de la sorte en vertu de convictions politiques qui lui soient propres : en fait, ‘Neruda’ s’amuse autour d’un homme et d’une oeuvre qui tiennent, dans son pays en tout cas, du mythe fondateur, et parlent de regards croisés et de vision artistique bien plus que de l’histoire du Chili. Le point de départ se raccroche pourtant à des événements ayant réellement eu lieu : à la fin des années 40, menacé d’arrestation par le président Videla qu’il avait pourtant contribué à faire élire, le sénateur Pablo Neruda s’enfonce dans la clandestinité, jouant au jeu du chat et de la souris avec ses poursuivants jusqu’à ce qu’il parvienne à fuir vers l’Europe. Dès ce moment, ‘Neruda’ prend un tour quelque peu déstabilisant pour un film qui traite d’un matériau historique : d’une part, l’enquête obsessionnelle et picaresque menée à travers tout le Chili par l’inspecteur Peluchonneau pour mettre la main sur l’écrivain se situe quelque part entre le Film Noir et une aventure de Tintin : quitte à prendre des libertés avec la vérité historique, autant que ce soit plein de rebondissements. D’un autre côté, l’homme Neruda, authentique martyr de la Gauche - il décéda, “d’un cancer soudain”, quelques jours après l’arrivée de Pinochet au pouvoir - n’est pas un personnage sans tâches : digne représentant “rouge caviar” d’un peuple au nom duquel il pérore mais qu’il fréquente très peu, jouisseur et menteur, lâche et imbu de sa personne, l’homme ne suscite, au mieux, que le dédain amusé qu’on voue aux bouffons et aux figures d’opérette. Pablo Larraín aurait-il pris le risque de déboulonner le mythe ? Non...car rien n’est vrai...ou plutôt rien n’existe en dehors du regard de l’autre : Peluchonneau et Neruda, tels qu’ils apparaissent dans cette fiction, ne sont eux-mêmes que les créations fictionnelles de leur némésis respective. Peluchonneau, borné, obstiné comme un vieux limier, ne songeant qu’à la réputation que lui vaudra l’arrestation du nouvel ennemi public n°1, n’est que la vision qu’entretient l’artiste de l’état répressif, qui fonctionne sur l’action coordonnée de rouages insignifiants et anonymes...et le flic, dans un curieux développement méta, finira par comprendre qu’il n’est pas un individu à part entière, jusqu’au moment où l’auteur le gratifie a posteriori d’un patronyme. Quant au Neruda débauché et détestable, il n’est que la vision qu’entretient l’Etat sur un opposant politique trop célèbre pour être réduit au silence discrètement, et dont il faut à tout prix exploiter la possible corruption morale et l’hypocrisie. Bien sûr, il ne s’agit là que d’un dispositif filmique astucieux, sur lequel Larraín bâtit tout son film : on n’apprend pas grand chose sur la personnalité historique, sur ses écrits et sur le contexte politique et culturel de l’époque et pour peu qu’on ait percé à jour la logique du film, il ne devrait dès lors plus présenter de réel intérêt. Mais le secret reste bien gardé et s’il y a fort à parier que cette ficelle ne pourra pas être reproduite de film en film, elle donne une saveur inhabituelle à ce faux-biopic, dont Neruda n’est finalement qu’une figure imposée, qu’on applaudit comme un bon tour de passe-passe, pas dupe de sa qualité réelle mais content de s’être fait avoir.

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Manchester by the Sea (Publié le 17/12/2018)

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Sa cotation : Star-onStar-onStar-onStar-onStar-off

Sa critique : Cinéaste rare, adepte d’une certaine idée du classicisme à la façon d’un James Gray, éminemment new-yorkais et issu du monde du théâtre, Kenneth Lonergan avait connu bien des déboires avec son précédent Long, ‘Margaret’, relégué pendant cinq ans aux oubliettes en raison d’un conflit sur le Final Cut, et sauvé de l’oubli par quelques amis acteurs et cinéastes, qui se débrouillèrent pour faire sortir ce beau film en salles au forceps, mais malheureusement dans un relatif anonymat. Le succès critique unanime de ‘Manchester by the sea’ est donc une forme de revanche pour Lonergan, qui trouve matière à révéler qu’il fait bien partie des Auteurs qui comptent (encore) au sein du cinéma américain. Manchester by the sea, c’est la ville natale des Chandler, une famille de la classe ouvrière du Massachusetts : après le décès soudain de son frère, Lee Chandler découvre qu’il a été désigné comme tuteur légal du fils adolescent de ce dernier, Patrick. L’enjeu principal de l’histoire est de savoir ce qui pousse cet homme taciturne, qui semble hanté par le passé et déterminé à l’expier de la manière la plus douloureuse qui soit, à refuser d’endosser cette responsabilité. L’explication sera apportée vers la moitié du film, entraînant un relatif fléchissement de sa force narrative et émotionnelle, puisqu’il s’agit alors de laisser le récit dériver sereinement vers une conclusion qu’on devine apaisée...mais même cette dernière section s’avère magnifique par la précision de sa mise en scène et l’implication totale de ses protagonistes. Le lent dépérissement des petites cités provinciales de l’est, le quotidien difficile des humbles dans l’Amérique d’aujourd’hui, sont évidemment évoqués, mais en filigrane, suggérés plus qu’ils ne sont exposés ou dénoncés, tout en restant indissociables de l’essence même du film...car ‘Manchester by the sea’ n’est pas une peinture sociale (ou alors, elle l’est à son corps défendant). Les actes, les silences, les souvenirs et les non-dits ébauchent peu à peu le fonctionnement du système vivant qu’est cette famille élargie : Oui, il s’agit bien d’un mélodrame familial, au sens le plus strict mais aussi le plus noble du terme, qui ne cherche jamais à tirer les larmes gratuitement et ne se retranche pas non plus derrière des poses auteurisantes ombrageuses, faute de pouvoir exprimer, clairement mais sans trop appuyer sur le curseur, les émotions et les dilemmes des Chandler. D’une précision sans failles, considérant la banalité ou même les traits d’humour comme faisant partie intégrante de la vie, même dans ses passages les plus douloureux, et promoteur de cinéma qui trouve l’exact équilibre entre reproduction scrupuleuse de la réalité et sens du romanesque, Lonergan signe ce qu’on définira sans peine comme un des films les plus “justes” et “vrais” de l’année 2016. Un dernier mot sur la casting, sans qui toute cette belle mécanique aurait tourné à vide : du plus petit rôle au plus grand, tous donnent le maximum qu’on est en droit d’attendre d’acteurs, expérimentés ou pas, sans la moindre fausse note, et il devient de plus en plus anormal que ce ne soit pas Casey, surhumain dans l’air d’en révéler beaucoup avec un jeu minimal, qui attire l’attention médiatique sur lui parmi les frères Affleck.

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Wonder Wheel (Publié le 17/12/2018)

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Sa critique : Des dires de la presse, ‘Wonder wheel’ serait le film de trop pour Woody Allen, celui qui le rendrait définitivement infréquentable...pas parce qu’il serait plus mauvais que les derniers en date (du reste, il ne marque pas non plus une remontée spectaculaire par rapport à la qualité moyenne de ceux-ci)...mais parce que le cinéaste, qui a toujours injecté une bonne dose de tranches de vie personnelles dans l’imbroglio sentimental qui constitue le coeur de tous ses films, aurait cette fois été trop loin. C’est que dans ‘Wonder wheel”, il imagine une femme insatisfaite qui trompe son mari avec le maître-nageur, entre autres raisons parce qu’elle voit d’un mauvais oeil la relation de monsieur avec sa fille prodigue, revenue s’installer à la maison pour échapper à des gangsters. C’est que l’homme sans qu’on puisse l’accuser du moindre geste déplacé, aurait pour sa progéniture la tendresse bienveillante qu’un homme mûr a d’ordinaire pour une petite amie très jeune. On s’en rappelle que Allen fut accusé par Mia Farrow d’attouchements sur certains de ses enfants adoptifs et que dans tous les cas, il a finit par épouser officiellement l’une d’entre elles. De là à ce qu’on considère son dernier scénario en date comme une confession, il n’y a qu’un pas, que les tabloïds se sont empressés de franchir. Tout cela ne nous concerne pas, comme dirait l’autre...mais au fond, il est peut-être temps que Woody Allen jouisse d’une retraite bien méritée, et que ces événements ne font qu’avancer une inéluctable fin de carrière de quelques années : de plus en plus, on suit la carrière de Woody Allen moins par goût et admiration que par une sorte de fidélité paresseuse. Attention, le cinéaste reste un fin psychologue et un analyste expérimenté des passions humaines...mais à force de regarder scrupuleusement chaque année “le Woody Allen de l’année”, on finit par deviner où il veut en venir bien en avant qu’il ait lancé ses premiers indices, par démêler les fils de l’intrigue bien avant la conclusion et par suivre sans passion le châtiment qui ne manque pas de frapper les Médée de tragédies grecques qui peuplent ses films depuis quelques temps : Ginny, personnage pas plus capable de s’aligner sur la réalité que ‘Blue Jasmine’ voici quelques années, fait ainsi passer le spectateur de la sympathie complice au mépris envers sa mesquinerie aigrie. Ces entrechats, amours contrariées et coups de griffes féminins dans le Coney island du début des années 50, filmé dans un Technicolor flamboyant, se laissent pourtant regarder sans déplaisir particulier. Après tout, c’est peut-être la dernière fois…

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Tamara Vol.2 (Publié le 12/12/2018)

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Sa critique : De façon surprenante, l’adaptation de la bande-dessinée de Zidrou et Darasse s’était imposé comme une relative réussite dans un créneau où ces dernières sont rarissimes : le premier ‘Tamara’ parvenait à ne pas rester prisonnier des cases et du rythme propres à la bande-dessinée et s’imposait comme un teenage-movie peut-être pas extraordinaire mais qui dégageait au moins une certaine forme de sincérité. De façon encore plus étonnante, alors que les suites ne font généralement que confirmer un premier échec (‘Boule & Bill 2’, pour ne citer qu’un exemple récent), ‘Tamara Vol.2’ se débrouille pour rester à peu près à flot. En faisant le choix de s’éloigner toujours plus du contenu des différents albums, en reléguant les problèmes de poids de Tamara à la périphérie de l’histoire, le film fait une nouvelle fois le choix de fonctionner sur ses qualités propres, même s’il est évident que c’est sur nom qu’il compte rameuter son public. C’est vrai, Tamara et sa petite bande ont peut-être grandi et étudient à la Sorbonne, mais on ne peut pas dire que leurs mésaventures dans la grande ville m’aient vraiment fait rire, sans que je puisse déterminer s’il s’agit d’un problème générationnel ou plus simplement si les gags ne sont pas très bien écrits. A la décharge du film, je pourrais dire que la BD ne m’a jamais poussé vers des sommets d’hilarité non plus. Assez insipide en matière d’humour, ‘Tamara’ peut tabler encore une fois sur l’honnêteté avec laquelle il s’efforce de parler d’une jeunesse “ordinaire” de la fin des années 2010 et d’appréhender son quotidien, ses rites, ses codes et les difficultés auxquelles elle doit faire face sans avoir l’air hors-sujet ou passer pour un vieux con donneur de leçon. Toute adaptation de BD à succès et production TF1 pour le dimanche soir qu’il soit, il semble que le résultat parvienne effectivement à saisir quelque chose de son époque : j’en veux pour preuve que votre serviteur s’est senti rigoureusement étranger au spectacle de la vie et des rêves de ces millenials alors que sa fille les suivait avec une évidente fascination. Du coup, il serait bien possible que Tamara, tout en parlant de contingences plutôt universelles et intemporelles (amourettes, amitié, confiance en soi, etc…) soit l’équivalent actuel, dans le contexte français en tout cas, de ce qu’était ‘Lol’ il y a 10 ans, et peut-être même ‘La boum’ il y a 40 ans.

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Gaston Lagaffe (Publié le 10/12/2018)

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Sa critique : Encore une adaptation de bande-dessinée, encore un échec...enfin, disons plutôt un semi-échec car comme à chaque fois, je n’ai pas l’impression que ce ‘Gaston Lagaffe’ ait été intentionnellement bâclé. Evidemment, la fille de Franquin trouve le résultat désastreux, de la même manière que son père avait refusé que son personnage puisse être identifié trop facilement dans l’obscur ‘Fais gaffe à la gaffe’ de Paul Boujenah, première vraie-fausse-adaptation de 1981...mais si on excepte la nécessaire évolution du contexte professionnel de Lagaffe, qui passe de la rédaction d’un journal pour la jeunesse à une start-up spécialisée dans le recyclage créatif d’objets souffrant de défauts de fabrication, il faut reconnaître que Pierre-François Martin Laval, sans doute sincèrement admiratif du travail de Franquin, a fait du mieux qu’il pouvait pour qu’on ne l’accuse pas d’avoir livré un produit platement opportuniste. Si lui-même n’est que moyennement convaincant en Prunelle, on retrouve, avec un niveau de fidélité variable mais globalement suffisant, ‘Moiselle Jeanne, Labévue, Lebrac et Jules-de-chez-Smith-en-face, les contrats de De Mesmaeker, le chat et la mouette, le gaffophone et toutes les autres inventions de Gaston, dont l’impersonation par l’inconnu Théo Fernandez, tout en mollesse et en naïveté ahurie, est sans doute ce qu’on pouvait obtenir de mieux dans ce contexte. Evidemment, il ne s’agit là que d’illustrer visuellement l’adaptation, sans doute un rêve de gosse pour tout réalisateur-fan et une succession de découvertes qui n’ont rien de déplaisant pour le spectateur...mais ce n’est pas avec ça qu’on fait un film. Dans le BD, l’humour était centré sur les inventions farfelues de Lagaffe, la récurrence des situations (les contrats, l’agent Longtarin, etc…) et les gags visuels, et le film tente d’imiter ces caractéristiques, même s’il manque l’équivalent de la violence et de la frénésie de la patte graphique de Franquin pour que l’ensemble, bien trop puéril, fonctionne correctement. J’ai également l’impression que la nature de grain de sable de Lagaffe dans la mécanique rigide du monde du travail, son incapacité nonchalante à adopter les valeurs de ce dernier et son positionnement écolo avant l’heure étaient typiques du climat des années 60 et 70 : il aurait fallu considérablement les aménager pour les rendre actuelles et pertinentes sur un écran au 21ème siècle mais on aurait alors trahi ce qu’on souhaitait adapter. Au fond, peut-être que les bande-dessinées de l’école de Marcinelle, soumises à certaines règles de conformisme et de bienséance, et a fortiori celles basées sur le format humoristique de la planche unique, ne sont tout simplement pas transposable au format Live-action contemporain. Et si elles le deviennent un jour, ce sera certainement grâce à un réalisateur d’une autre trempe que Pef...

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Les Aventures de Spirou et Fantasio (Publié le 10/12/2018)

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Sa critique : A force de se louper systématiquement, les projets d’adaptations de bande-dessinées franco-belges made in France suscitent aujourd’hui un froncement de sourcils presque instantané. A l’instar de sa version en culottes courtes sortie un an plus tôt, au moins Spirou parvient-il à limiter les dégâts, enfin...un peu plus que les autres. Les Bédéphiles auront tout de même de bonnes raisons de s’indigner face à certains choix hasardeux comme celui de faire de Spirou un pickpocket opérant dans les grands hôtels afin de justifier sa tenue de groom. D’une manière générale, ces aventures de Spirou pour le cinéma succombent au même travers que toutes les adaptations précédentes, en transformant des BDs qui qui avaient su développer une personnalité propre fil des années (et même plusieurs personnalités distinctes dans le cas de Spirou, en fonction des dessinateurs et scénaristes qui se sont succédés) en productions génériques, au ton interchangeable, dont ont été gommées toutes aspérités et toutes particularités afin, du moins le croient-ils, de satisfaire toutes les catégories de spectateurs. On pourra toujours se consoler avec un travail d’incarnation très cabotin mais plutôt alusant, tout spécialement Alex Lutz en Fantasio et Ramzy Bédia en Zorglub, ainsi, qu’avec le défilé d’accessoires (La traction-avant à turbopropulseur, Spip, le Fantacoptère,...), qui démontrent qu’on n’a pas affaire ici à une production bâclée...en tout cas, pas consciemment bâclée. En faisant preuve d’un brin de mansuétude, en n’étant pas trop accroché au concept d’appropriation respectueuse du matériau original, on pourrait concéder que le réalisateur s’est efforcé de coller à l’univers et à l’esprit du Spirou de Franquin, mais avec le ton de celui de Tome et Janry : ni l’un ni l’autre de ces choix n’est complètement abouti mais le résultat se laisse quand même suivre, quand bien même, au lieu du film d’aventures vintage à la James Bond qu’il ambitionnait d’être, Spirou se rapproche surtout des comédies friquées à l’exotisme cheap comme ‘Le boulet’. Pour les amateurs de BDs, il ne reste à espérer, comme le disaient les Shadoks, que plus ça rate, plus ça a de chances de marcher au final : la facture raisonnablement acceptable de ce Spirou pourrait en constituer un indice encourageant.

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On the Milky Road (Publié le 06/12/2018)

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Sa critique : On dit que Emir Kusturica a changé, qu’il devenu nationaliste serbe, orthodoxe, mégalomane. On dit aussi, en liant ou pas les constats, que son cinéma a perdu une bonne partie de son intérêt. On pourrait accorder un certain crédit à ce jugement, après avoir vu ce dernier film qui ne laissera sans doute pas de traces durables dans la cinématographie mondiale...mais le paradoxe est que l’art et la vision de Kusturica n’ont, eux, pas beaucoup changé : le réalisateur recourt toujours à l’aventure picaresque pour révéler et ridiculiser la folie des hommes. Kusturica est cette fois le héros de sa propre fable, cet hurluberlu qui fuit à travers les Balkans avec la femme dont il est amoureux, laissant derrière lui la guerre, une mariage de convenance et des tueurs lancés sur sa piste, et aussi un âne, un faucon, des oies, des poules et des serpents qui boivent du lait pour faire bonne mesure. Enfin, au bout d’un moment, de toute façon, on ne comprend plus grand chose à ce foutoir tragi-comique, comme si Kusturica étendait la frénésie et le chaos de ses incontournables scènes de mariage à la yougoslave, avec leurs coups de feu, leur polka endiablée et l’alcoolisation galopante des convives, à toute la durée du film...mais au fond, on ne regarde pas un film de Kusturica dans l’optique d’un spectacle calme, apaisé et aisément compréhensible : ‘On the milky road’ renferme suffisamment d’éléments périphériques, drôles, beaux, étranges, originaux ou fantaisistes, pour capter l’attention, même si cette fois, l’équilibre est singulièrement bancal. Kusturica fait partie de ceux qui, en l’espace de cinq minutes, peuvent illustrer un événement dramatique avec une grande sensibilité poétique, glisser deux mots sur l’histoire, l’art ou la philosophie et s’amuser dans la foulée de gags puérils. Surtout, c’est le genre de type qui prend la peine d’échafauder une tonne de péripéties bordéliques jusqu’à l’écoeurement, juste pour avoir l’occasion d’y glisser quelques scènes dont il sait qu’elles frapperont l’imagination du public et resteront gravées dans sa mémoire. En cela, il s’approche un peu de la logique d’un Alejandro Jodorowsky, et ce n’est pas forcément un mal.

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Loving (Publié le 06/12/2018)

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Sa critique : Depuis le début de sa carrière, Jeff Nichols aime comprendre comment et pourquoi les familles dysfonctionnent. Ses films, même ses films de science-fiction (‘Midnight special’), même ses films en décors naturels (‘Mud’, son meilleur) privilégient l’exploration de l’intimité du foyer et de l’intériorité des personnages, guettant leurs doutes, leurs failles et leur fêlures. Chez les Loving, au nom curieusement prédestiné, ce n’est pas le couple qui déraille mais la société tout autour d’eux. Il est blanc, elle est noire : mariés en 1958 à Washington, le couple retourne s’installer en Virginie...où ils sont immédiatement jetés en prison, les mariages mixtes étant alors interdits dans cet état du sud. Libérés à condition de quitter leur ville natale et de ne jamais reparaître ensemble sur le territoire de l’état, les Loving n’ont d’autre choix que d’obtempérer. Cette situation ubuesque va attirer l’attention du public américain, du magazine Life et des avocats de l’Union américaine pour les libertés civiles. Bien que de facture très traditionnelle et parfaitement à sa place en ces années où les productions militantes sur la question raciale sont nombreuses, ‘Loving’ n’emprunte pourtant jamais la voie du Film de prétoire, même si toute la seconde partie se déroule à l’ombre des procédures menant à la Cour Suprême. Pas de Happy end flamboyant (même si l’affaire Loving mit finalement un terme à toutes les lois du même genre et conduisit à l’établissement du mariage en tant que loi naturelle), pas de plaidoiries enflammées, pas de célébration ronflante des valeurs américaines qui, si elles cultivent le racisme, cultivent aussi les moyens de le contrer et de le vaincre. Non, ce sont les Loving qui intéressent avant tout Nichols, pas la grande cause dont ils furent les détonateurs involontaires. Elle, frêle, timide mais déterminée à aller jusqu’au bout ; lui, taciturne, protecteur mais très mal à l’aise devant l’ampleur prise par la situation. Des gens simples qui, alors que leur situation remonte en haut lieu, continuent à vivre leur vie, à élever leurs enfants et à cohabiter avec ceux qui soutiennent leur choix et avec ceux qui le réprouvent. En normalisant intégralement ses personnages et la situation qu’ils traversent, Nichols renforce d’autant plus l’absurdité anachronique d’une loi qui prétendait se mêler de ce qui se passait dans les chambres à coucher. Plutôt que de découvrir la Grande Histoire à travers la petite, le réalisateur a posé le choix inverse : compte tenu du conformisme mêlé de la volonté d’extraire les émotions du spectateur au forceps qui prévaut souvent dans ce genre de productions, c’est assez rafraîchissant.

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Mary (Publié le 06/12/2018)

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Sa critique : Après l’annulation de la seconde franchise Spiderman dont il tenait les rênes, Marc Webb a apparemment décidé de rester dans le viseur du grand public en s’attelant au genre de projet qui fait les délices de ce dernier. ‘Mary’ est une orpheline surdouée, dont la grand-mère et l’oncle se disputent la garde : la première veut lui permettre d’exploiter son don pour les mathématiques au maximum de ses potentialités, le second souhaite avant tout qu’elle ait une enfance normale : mélo familial expurgé de toute dérive auteurisante, sujet universel, happy-end obligatoire, un brin d’humour, un brin de séquences lacrymales, un brin de fausse inquiétude,...on est en terrain de connaissance dès les premières secondes et jamais le film ne se départira de ce ciblage. Tout de même, la petite actrice est plutôt craquante, Chris Evans démontre qu’il sait jouer correctement sans bouclier étoilé, Jenny Slate n’a plus rien à prouver et Octavia Spencer est toujours d’un talent inversement proportionnel à sa (faible) présence à l’écran. ‘Mary’ assumera son statut de feel-good movie sans prise de tête jusqu’au bout : du point de vue d’un spectateur adulte qui attend d’une oeuvre dramatique un minimum de complexité et de compréhension implicite, l’ensemble risque de paraître un brin léger, voire totalement cousu de fil blanc. D’un autre côté, le fait que le sujet soit à ce point accessible, que le scénario et les péripéties soient simples à comprendre mais que le film ne puisse pas pour autant être pris en flagrant délit d’incohérence ou de ridicule implique que, pour des pré-ados, il constitue un sas d’accès intéressant vers une forme de cinéma plus “sérieuse” que les dessin-animés ou les films de super-héros.

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