LES 2229 CRITIQUES DE Marc
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Falling (Publié le 07/11/2021)

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Sa critique : Pour son premier passage derrière la caméra, l’acteur Viggo Mortensen a décidé de livrer un objet partiellement autobiographique : la mémorable scène d’ouverture est un authentique souvenir relaté tel quel, le reste tente de retranscrire, avec toute la licence artistique de rigueur, diverses impressions d’enfance et d’extrapoler sur ces sensations. Ce n’était pas son ambition de départ mais Mortensen incarne également l’un des deux personnages principaux, ce qui accroît forcément son implication dans le rôle, celui d’un homme rangé qui a réussi, filant avec l’homme qu’il aime et leur fille adoptive un bonheur paisible et conformiste et qui tente désespérément de gérer au mieux le déclin de son père vieillissant. Le vieillard est acariâtre, ordurier, méprisant envers les choix de vie de son fils et pour ne rien arranger, il commence à sombrer dans la sénilité. Progressivement, les souvenirs confus du vieil homme, qui mélange les lieux, les dates et les femmes qu’il a aimées et haïes simultanément s’entremêlent avec la déconstruction inconsciente des souvenirs du fils qui, malgré toute la résilience dont il est capable, accepte de moins en moins les dégâts que l’autoritarisme et la cruauté paternelle ont laissé dans leur sillage. Il n’y avait aucune raison pour que ce ne soit pas le cas (Mortensen n’allait pas tourner de l’Heroic-Fantasy non plus), mais ‘Falling’ est un drame feutré, parfois mordant, en tout cas très “adulte” dans sa volonté de refuser l’effet de scandale, les duels verbaux hystériques et l’émotion facile, le summum en la matière consistant en la prestation énergique - mais pas cabotine pour autant - de Lance Henriksen. Du travail digne de respect, à défaut de faire un grand film.

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Promising Young Woman (Publié le 07/11/2021)

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Sa critique : Admiré par les uns, source d’angoisse pour les autres, ‘Promising young woman’ est loin d’être une mauvaise pioche mais il semble très difficile de séparer nettement ses qualités en tant que divertissement et le message qu’il entend délivrer et qui reste en permanence au premier plan. De toure évidence inspirée par le Rape&Revenge mais sans la logique rigoriste d’action/réaction que sous-tend le genre, la vengeance qui fait carburer ‘Promising young woman’ est ici portée par procuration au nom d’une cause dont les détails ne seront révélés que progressivement. En outre, de “La dernière maison sur la gauche”’ au récent, âpre et sous-estimé ‘Revenge’ de Coralie Fargeat, le Rape&Revenge obéit à une logique primale, centré sur un ensauvagement de la victime devenue prédatrice, offerte à la fois en figure d’admiration et de crainte, et défend ordinairement une loi du Talion appliquée de façon aveugle. Dans ‘Promising young woman’, qui serait un peu le versant civilisé et légaliste de cet esprit de Far-West, chacun se verrait plutôt “récompensé” selon ses mérites : la méthode est plus fine, parfois plus vicieuse, en tout cas certainement plus intéressante à découvrir que les exécutions répétées et aussi sanglantes que possible exigées par le modèle d’origine. Elle donne aussi un résultat plus grand-public, là où les films précités restent des productions de niche à ne pas mettre entre toutes les mains et, finalement, moins défouloir cathartique qu’exposé magistral, raison pour laquelle ‘Promising young woman’ serait plutôt à considérer comme un Thriller post#MeToo que comme un R&R tardif. Le résultat souffre malgré tout des faiblesses de ses points forts. Son souci premier semble être de neutraliser tous les arguments qui concourent à permettre la culture du viol. Ce n’est certes pas à dédaigner mais il le fait de manière un brin mécanique avec une mise en scène sage et appliquée où chaque scène semble n’exister que pour exprimer son ambition pédagogique : c’est peu dire que dans le même état d’esprit, un ‘Assassination nation’ embrassait plus large et se révélait autrement plus cinglant et mémorable. En tant que Thriller, l’ensemble fonctionne malgré tout pas trop mal, mais il lui manque une touche pop particulière, celle d’un Gregge Arakki ou d’un Harmony Korine par exemple, ainsi que la complexité narrative d’une série comme ‘13 reasons why’ maîtrisait remarquablement bien. Trop schématique, avec des personnages et des scènes victimes de négligence d’écriture au-delà du message qu’ils sont destinés à délivrer, ‘Promising young woman’ échoue à être le film à la fois populaire et de référence qu’il rêvait d’être. A trop porter son message, il en oublie parfois d’être simplement un film.

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The Gentlemen (Publié le 31/10/2021)

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Sa critique : Cinéaste-phare de la Cool Britannia, Guy Ritchie s’était égaré ces dernières années, avec des oeuvres de commandes internationales parfois très réussies (les ‘Sherlock Holmes’) mais dernièrement plus enfantines et aseptisées (‘Aladdin’) ou carrément nawak (‘Le roi Arthur’). C’est donc avec un plaisir non feint qu’on le voit revenir aujourd’hui à ses fondamentaux, les films de gangsters cockney au scénario embrouillé. Avec ‘The gentlemen’, Ritchie ne cherche pas à innover mais plutôt à rattraper le temps perdu, à rappeler qu’il fut un jour celui qui écrivit et réalisa ‘Snatch’. Comme à chaque fois, le choix du personnel joue un rôle majeur dans la crédibilité de cette atmosphère, de cet humour et de ces dialogues So British qu’on apprécie tant et qui assurent presque à eux-seuls la réussite de ces polars sarcastiques : une fois, de plus, le réalisateur a eu le nez fin en débauchant Charlie Hunnam, Colin Farrell et Hugh Grant (dans un formidable rôle visqueux et à contre-emploi). Quant à l’apport américain, il n’y avait guère de risques de se tromper en choisissant Matthew McConaughey. Fort de cette britannité à peine contrariée et de cette violence désinvolte et absurde qui reste la signature de Ritchie depuis le début, ‘The gentlemen’ ne retrouve peut-être pas tout à fait la folie pop de ‘Snatch’ mais s’avère bien plus consommable qu’un ‘Code UNCLE’ ou même qu’un “Rockarolla’. Deux reproches mineurs toutefois : la dimension méta du projet - relater l’histoire et ses possibilités divergentes par le biais d’un journaliste qui rêve de cinéma - est sans doute un peu superflue et la conclusion est un peu vite expédiée...mais pas de quoi atténuer le plaisir de retrouver un Guy Ritchie bien plus en forme qu’il ne l’avait été depuis de longues années.

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Sons of Philadelphia (Publié le 31/10/2021)

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Sa critique : La mafia est toujours affaire de famille, dans tous les sens du terme.. Au-delà d’une guerre des gangs à venir entre Italiens et Irish mob, c’est aussi un cycle familial qui se reproduit de génération en génération, comme une malédiction ou une tragédie antique, entre deux cousins élevés comme des frères : Peter, un taciturne rongé par le passé (Matthias Schoenaerts, en voie de minéralisation) et l’exubérant Michael, toujours à deux doigts de basculer dans la folie meurtrière (Joel Kinnaman). Le piège du film de mafia, même quand on s’appelle Scorcese, c’est que le spectateur a une idée précise de ce qu’il doit renfermer, et le réalisateur ne peut que s’y conformer, surtout s’il ne s’appelle “que” Guez. S’il fait sien nombre de clichés du genre, jusqu’au niveau du détail visuel ou du tic langagier, ‘Sons of Philadelphia’ privilégie les affrontements du regard aux fusillades de rue. Peu porté sur l’action, peu porté à représenter la ville comme un personnage à part entière, peu dissert sur les contingences de l’affrontement extérieur (on sait à peine dans quelles affaires les deux cousins trempent), le film préfère s’attarder sur l’intime, la lente prise de conscience par Peter Flood de l’engrenage familial et criminel dans lequel il s’est enfermé. S’il ne possède pas l’ampleur et la cinégénie des classiques du films de gangster de la côte est (même ‘The town’ de Ben Affleck avait plus de gueule), le fait qu’il s’agisse d’un film tourné en décors américains avec des acteurs américains mais écrit et réalisé par un français modifie beaucoup de choses, des dialogues au sens du cadrage, et confère quand même à ‘Son of Philadelphia’ une certaine spécificité.

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Sacrées Sorcières (Publié le 24/10/2021)

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Sa critique : Si on oublie une transposition opportuniste du contexte de la vieille Europe à l’Amérique ségrégationniste dont le scénario ne tire en fin de compte pas grand chose, cette adaptation des ‘Sacrées sorcières’ se montre plutôt fidèle au bouquin de Roald Dahl, dans ce qui s’y passe comme dans le côté parfois gentiment amoral que caractérisait l’auteur anglo-norvégien. Même si le résultat en images résultat s’avère un peu effrayant pour le public enfantin, tout en restant un peu trop simple pour que des adultes puissent profiter de cette histoire au premier degré, il y a eu de toute évidence moins de moyens et moins de savoir-faire au service de ces “Sacrées sorcières” que pour le ‘Bon gros géant’ de Spielberg et le ‘Charlie et la chocolaterie’ de Burton et c’est sans doute là que le bât blesse légèrement. On parle quand même d’un film de Robert Zemeckis, réalisateur qui nourrit un rapport particulier aux images et a souvent été à l’avant-garde de leur traitement à l’écran. Or, sans nécessairement aller déterrer certaines allégories très subtilement enterrées - trop, peut-être, pour que le public les remarque - Robert Zemeckis semble ici comme prisonnier d’un cahier de charges restrictif, qui l’empêche de donner sa pleine mesure, de se montrer aussi mal-élevé et sarcastique en tant que réalisateur que Dahl l’était en tant qu’auteur jeunesse. ‘Sacrées sorcières’, malgré son matériau riche de promesses, ne s’écarte finalement pas beaucoup des standards de la production fantastique pour enfants, ni de leur adaptation au cinéma.

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Wonder Woman 1984 (Publié le 17/10/2021)

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Sa critique : Autant 'Wonder woman', par la grâce du film de 2017, avait été une des rares figures de l'écurie DC Comics à bénéficier d'un traitement brillant, autant sa suite se vautre lamentablement et, retombant dans les pires travers et l'absence d'orientation nette qui avaient déjà affligé d'autres tentatives DC de sinistre mémoire, condamne une fois de plus les tentatives de portage cinéma de la célèbre maison d'édition à ne même pas être une épine dans l’orteil de Marvel. Pas aussi déluré et bariolé que les franchises principales du concurrent, pas aussi sombre et nihiliste que les 'Batman' de Chris Nolan, 'Wonder woman' assumait pourtant avec brio une personnalité qui lui était propre, jouant à la fois sur le potentiel iconique de Diana Prince et sur des ambitions féministes assumées: la réalisatrice y croyait, le scénariste y croyait, l'actrice y croyait et le résultat, arc-bouté sur une approche totalement premier degré qui aurait pu virer au désastre, faisait preuve d'un équilibre inattendu, exempt de toute dérision post-moderne, des qualités qui ont tristement déserté le second volet. Le scénario ? Confus et embrouillé. Les effets spéciaux ? Mal exploités, aucune parmi les nombreuses scènes à gros budget du film ne restera en mémoire et on peut même estimer que certains effets numériques sont particulièrement disgracieux et indignes d'une production de cette ampleur. La romance ? De raisonnablement tragique, elle est devenue factice et vaguement gênante. Même ce qui partait d'une bonne intention, comme cet antagoniste mégalo qui semble résulter de la fusion de Donald Trump et de Gordon Gecko, finit par être exploité avec un je-m'en-foutisme navrant. C'est triste à dire mais 'Wonder woman 1984' laisse l'impression d'un de ces projets cent fois ré-écrits, cent fois remontés et finalement distribués en salle après qu'un stagiaire ait mélangé les rapports des projections-test...ce qu'il n'est évidemment pas, d'autant plus qu'on ne peut pas tout mettre sur le dos du chaos généré par la pandémie. Reste le '1984' du titre : si le fan-service pour vieux quarantenaires nostalgiques ne donne lieu qu'à une seule séquence d'exposition (et franchement, ce n'est pas plus mal, tant quelque chose comme 'Stranger things' et ses appels du pied insistants avait fini par devenir imbuvable), cette date n'essaye-t-elle pas de nous dire que nous devons voir absolument ce film avec les yeux de l'enfant naïf que nous étions alors, sans nous préoccuper des incohérences, des ruptures de ton mal gérés, des baisses de rythmes, des effets spéciaux qui piquent les yeux, et admettre que le vrai héroïsme, comme le vrai amour, se passe d'explications savantes ? Il s'agirait vraiment de l'ultime bouée de secours de cet échec cinglant mais franchement, je ne peux pas me résoudre à l'invoquer...

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Monster Hunter (Publié le 17/10/2021)

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Sa critique : On a compris depuis longtemps que Paul W.S. Anderson ne tourne des films que dans l’unique objectif de filer du taf à son épouse Milla Jovovich (qui, à peu de choses près, ne joue d’ailleurs plus que pour lui)...et on sait qu’il raffole des adaptations de jeux vidéo qui offrent l'avantage de pouvoir se passer le plus souvent de profondeur et de cohérence scénaristique. Adressez quelques clins d’oeil aux fans avec un dialogue ou un mouvement de combat particulier, plantez un décor familier et tirez deux ou trois monstres numériques du chapeau et en général, le tour est joué. Je n’ai jamais joué à ‘Monster Hunter’ mais j’imagine très bien ce que c’est : un gameplay primaire de levelling obligatoire où on massacre des monstres de plus en plus gros. Le film qui en est tiré, c’est rigoureusement la même chose : une guerrière badass qui se demande comment tuer un gros monstre, commence par se faire la main sur des petits monstres avant de comprendre comment tuer le gros monstre et, une fois des alliés en poche, file sa raclée à un très très gros monstre. Il s’agit donc moins d’un film que d’un ensemble de cinématiques PS5 soigneusement montées mais ‘Monster hunter’ s’avère suffisamment dynamique pour se laisser regarder d’un oeil distrait, le cerveau à l’arrêt et la bouche pleine de popcorn. Voilà qui témoigne sans doute aussi du regard avisé que Anderson porte sur sa propre manière de concevoir le cinéma : après quelques épisodes de ‘Resident evil’ pourvus d’un scénario inutilement complexe dont on se foutait éperdument, l’homme a parfaitement compris que personne ne lui en voudrait s’il rognait sur le poste “scénario et dialogues””. D’ailleurs, le fait que tout le film, en dehors de ses scènes à effets spéciaux, repose sur ces deux acteurs d'envergure shakespearienne que son Milla Jovovich et Tony Jaa, dont les personnages sont en outre séparés à l’écran par la barrière de la langue, révèle à peu près en quel estime Anderson tient le concept de “raconter une histoire”.

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Hitman & Bodyguard (Publié le 17/10/2021)

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Sa critique : Je n’avais jamais regardé ce joli petit succès de l’année 2017 : c’est qu’il ne s’agissait ni d’un film attendu, ni d’un film unanimement salué à sa sortie, juste d’un petit succès estival et commercial, ce qui n’est pas anormal quand on parle d’un Actionner au scénario interchangeable, mais il n’en mérite pas moins que j’y jette un petit coup d’oeil. Voyez plutôt : un garde du corps control-freak doit convoyer un tueur à gages toujours prêt à fondre un plomb pour qu’il témoigne au tribunal international ; le méchant, c’est Gary Oldman dans un de ses rôles alimentaires russkofisés, Salma Hayek joue sa partition habituelle de furie mexicaine et on sait que les deux qui ne s’entendaient pas deviendront des BFF à la fin. Même si l’action ne s’arrête jamais, pas plus que les vannes d’ailleurs, on regrette parfois un léger manque d’ampleur dans les scènes supposées en flanquer plein la vue...mais ça, j’imagine que ce sera pour le second volet, qui sera inévitablement bien membré du budget : après tout, ce n’est pas grâce à son premier épisode que ‘John Wick’ a atteint son acmé. C’est bête, c’est cliché...mais ça marche, ça marche même très bien, aussi bien que dans les meilleurs buddy-movies des années 80. Je pensais qu’on ne savait plus torcher les buddy-movies correctement de nos jours mais en fait si,la recette n’a pas été égarée, il suffit simplement de trouver les bons buddies à mettre à la colle...et ça tombe bien : avec Samuel L. Jackson, on a la garantie que ce sera cool et avec Ryan Reynolds, celle que ce sera drôle, surtout depuis que Reynolds est parvenu à faire appel à son esprit-totem authentique en incarnant ‘Deadpool’

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Mourir Peut Attendre (Publié le 11/10/2021)

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Sa critique : Soixante ans d’existence ponctuée de vingt cinq films et six incarnations, dont la dernière en date comporte au moins deux des meilleurs épisodes de toute la franchise: après un ‘Spectre’ décevant, ‘Mourir peut attendre’, son titre bondien en diable, son générique signé Billie Eilish, ses reports continuels pour cause de pandémie et sa conclusion présumée au meilleur arc narratif depuis l’ère Connery (voire même au seul authentique “arc narratif” bondien) ne pouvait que susciter beaucoup d’attentes, et même beaucoup d’espoirs. A l’usage, ce n’est pas aussi simple : ‘Mourir peut attendre’ n’est pas un échec, ce n’est même pas une déception...mais c’est malgré tout un épisode qui, en dehors d’un élément inédit qui tranche radicalement avec la logique de la geste bondienne,, ne restera pas particulièrement dans les annales, y compris au regard des autres épisodes de la franchise,, et même du cycle en cours. Conscient de baisser le rideau sur le cycle en question, qui avait eu le mérite de littéralement ressusciter une icône presque moribonde, ‘Mourir peut attendre’ s’efforce d’échafauder une synthèse trop monumentale de tout ce qu’est James Bond et de tout ce qu’il a été, pour ne pas générer des résultats parfois hasardeux. C’est surtout la volonté d’inscrire Bond dans une trame narrative et émotionnelle continue depuis 2006, plutôt que de lui faire accumuler les missions indépendantes, qui atteint ici ses limites. ‘Mourir peut attendre” promet tant qu’il ne parvient à tenir intégralement aucune de ses promesses : ni l’aspect plus intime de sa relation avec Madeleine Swann, ni les motivations de sa némésis du jour, aussi intrigantes au départ qu’elles se révèlent finalement très banales, ne convainquent autant qu’on l’avait espéré. Faut-il y voir les séquelles des remaniements successifs provoqués/permis par les multiples reports de sortie? On pourrait le croire, tant les indices s’accumulent en faveur d’un scénario une fois de plus bancal, dans lequel chaque personnage important des derniers films bénéficie de sa petite scène d’exposition sans vraiment parvenir à s’imposer, et où les cautions féministes ne font que rejouer, badass attitude en prime, l’éternelle partition de la James Bond Girl dans l’ombre du héros. L’ensemble du film souffle ainsi le chaud et le froid, se privant d’une véritable cohérence. Centré (sur le papier) sur la psychologie et l’évolution personnelle de 007, ‘Mourir peut attendre’ évite de sombrer dans la surenchère pyrotechnique stérile de ‘Spectre’ et pourtant, quand 007 infiltre un lieu rempli d’ennemis, on se croirait presque dans un jeu vidéo idiot, avec un agent en titane et des ennemis aveugles qui ratent leur cible à cinq mètres. Un autre paradoxe de cet épisode inégal est qu’il regarde sans cesse vers le passé, avec un léger retour aux gadgets et aux traits d’humour pas toujours heureux, tout en dévoilant toujours plus le Bond “moderne” en gestation depuis les débuts de l’ère Craig : un homme déchiré entre des impulsions contradictoires, dont la sensibilité affleure à un niveau jamais vu dans la franchise, un homme qui a une famille, des amitiés, un passé et, qui sait, un avenir. Faire de Bond un être de chair et de sang et non plus un archétype sur lequel il est possible de projeter tout ce qu’on veut était une orientation audacieuse, courageuse, même. Etait-elle pour autant pertinente ? Je suis toujours en train de me poser la question. C’est sûr, ‘Mourir peut attendre’ reste divertissant et supérieur à son prédécesseur immédiat...mais pour un Grand Final, j’attendais un peu plus qu’un blockbuster en équilibre aussi instable.

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Dans un Jardin qu'on Dirait Éternel (Publié le 11/10/2021)

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Sa critique : Mais bon sang, qu’est ce qui m’a pris de regarder un film entièrement consacré à l’apprentissage de la cérémonie du thé ? Quand on n’a pas peur du cliché, on peut affirmer que les films d’auteur sont lents, tout comme le sont les films dramatiques japonais, et qu’un film sur la cérémonie du thé ne peut que l’être aussi, alors imaginez un peu les trois en même temps ! . Pourtant, passé la découverte incrédule et un peu amusée de ce processus incroyablement ritualisé, dans lequel il s’agit de répéter des gestes extrêmement minutieux dont l’utilité pratique n’a rien d’évident, la lassitude et l’ennui, qu’on s’attendait à voir débouler tout moment, ne s’imposent jamais : au contraire, c’est un sentiment de fascination que prend le relais. La cérémonie du thé fonctionne en effet comme une allégorie, à travers le personnage de cette jeune femme à laquelle la société japonaise n’offre pas de perspectives professionnelles ou sentimentales réellement attirantes, même si elle accepte de s’y conformer. Non seulement Noriko renoue avec un art ancestral mais au contact de son maître (Kirin Kiki, dans son ultime rôle) qui dispense gestes techniques et leçons de vie de la même façon, par petites touches implicites, elle apprend peu à peu à lâcher prise, à se concentrer sur le détail, la grâce du geste millimétré, la subtile variation du climat, du paysage ou même du son que produit l’eau versée sur le thé selon qu’elle soit brûlante ou glaciale : elle apprend à simplement ré-apprécier le moment présent jusque dans ses plus infimes nuances, en attribuant à nouveau de l’importance à ce qui est sensé n’en avoir aucune dans une culture moderne qui se doit d’être agitée et productive. Même à travers l’écran, cette séance de méditation, sous couvert d’une observation de ce que la culture japonaise a pu produire de plus singulier, donne d’évidents résultats !

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