Sa critique :
Les biopic européens souffrent généralement du fait d'être trop scolaires : à savoir, rigoureux dans leur retranscription chronologique des événements mais généralement dépourvus du savoir-faire américain en la matière, cette petite étincelle qui transforme une figure historique en être humain pour lequel on peut éprouver une certaine empathie. Mais voilà que débarque ce "Gainsbourg (vie héroïque)" qui ne correspond en rien à la définition européenne du concept et pourrait en remontrer à ses congénères d'outre-Atlantique dans pas mal de domaines. Peut-être parce que, justement, "Gainsbourg (vie héroïque)" n'est pas un biopic au sens premier du terme. Le réalisateur Joann Sfarr l'annonce clairement en préambule : son film est un conte, une fable : Serge Gainsbourg n'y sera pas décrypté ou analysé mais simplement évoqué à travers une succession d'instantanés parfois désordonnés : quelques chansons, quelques rencontres-clé, les femmes qui ont traversé sa vie...et l'artiste lui-même à travers les années, campé par un inconnu (Eric Elmosino) qui réussit le tour de force d'ÊTRE Gainsbourg sans bêtement imiter Gainsbourg. Venu du monde de la bande-dessinée, Joann Sfarr s'autorise d'étonnantes audaces: la naïveté de France Gall/Sara Forestier ou la sensualité extrême doublée du côté cruche de Brigitte Bardot/Laeticia Casta qui confinent à la caricature volontaire ; le souci du décorum trop pointu pour être honnête et surtout, la présence récurrente d'un marionnette-doppelgänger aux côtés de Serge, mélange de Nosferatu et de la caricature antisémite dont il eut à souffrir tout au long de sa vie et qui personnifie ce côté sombre qui le conduirait sur le tard à créer son propre avatar avec Gainsbarre. Ces éléments auraient pu coûter à Sfarr la réussite de son film; au contraire, ils s'insèrent totalement dans la logique de ce projet un peu fou mais aussi fascinant que l'avait été en son temps le "I'm not there" consacré à Bob Dylan. Certains regretteront que la carrière musicale de Gainsbourg soit quelque peu reléguée au second plan et ne serve qu'à illustrer l'homme...mais lui-même ne considérait-il pas la chanson comme un art mineur ?
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